vendredi 11 mai 2012

Dossier noir sur le Parti Québécois

C'est le titre d'une petite brochure sympathique que les maos du Parti communiste ouvrier (PCO) ont publié en 1980 après quatre ans de règne péquiste à la veille du référendum.

*D'ailleurs, un autre mao, Alain Badiou, a un concept tout à fait intéressant de «capitalo-parlementarisme». Je tiens à vous rassurer : il n'est pas question d'acquiescer aux urnes. Tous les partis sont également à combattre car ils sont issus de l'oppression et non sa solution.
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Le PQ en guerre contre le mouvement ouvrier
Ce que le PQ appelait sont ''préjugé favorable aux travailleurs'' n'est déjà plus qu'un lointain souvenir. Il n'aura duré que le temps de se faire élire.
En un peu plus de 3 ans de pouvoir péquiste, on a assité àune escalade de mesures antiouvrières. Adoption de loi antisyndicales après une série de gestes répressifs contre les travailleurs, c'est une véritable déclaration de guerre du PQ contre le mouvement ouvrier.

La force de la matraque et des injonctions
Rien n'a changé sur les lignes de piquetage avec la venu du PQ au pouvoir. Casqués, matraques au poing, les forces policières foncent sur les grévistes comme avant; les patrons continuent d'utiliser des fiers-à-bras armés contre les travailleurs en grève. Rappelons-nous:

-Le 3 juin 1977: matraquage des techniciens et techniciennes de laboratoire en grève de l'Hôpital Santa Cabrini de Montréal. Deux grévistes s'écrouleront, inconscients; six autres auront besoin de soins médicaux;

-Le 22 juillet 1977: samedi sanglant au Québec. Huit travailleurs des minoteries de Montréal en grève tombent sous les balles de fiers-à-bras de la compagnie Robin Hood. Le gouvernement péquiste est complice de la fusillade: les tueurs à gage seront trouvés innocents ! Le PQ n'a rien fait pour interdire aux fiers-à-bras le port d'arme: à l'usine Volcano de Sainte-Hyacinthe à l'été 1977, à Fer et Titane de Sorel en juin 1979, à la raffinerie Shell de l,est de Montréal en décembre 1979, les fiers-à-bras patronaux menacaient encore les grévistes de leurs fusils;

-Le 19 avril 1978: à Sainte-Thérèse, à quelques milles de Montréal, 85 piqueteurs sont arrêtés devant la Commonwealth Plywood en grève. Ils seront traduits en justice;

-Le 7 juin 1978: cette fois-ci 200 délégués de la CSN, alors réunis en congrès, sont venus prêter main forte aux grévistes de Commonwealth. La Sûreté du Québec arrive elle aussi en force. Les matraques ne suffisent plus. Les policiers usent de gaz lacrymogènes pour briser la ligne de piquetage;

Rappelons également quelques injonctions que le gouvernement péquiste a approuvées:
-contre les travailleurs de Lynn McLoad de Thetford Mines, en grève en avril 1977,
-contre les travailleurs des Cables industriels de Québec, en grève en novembre 1978,
contre les travailleurs de la Canadian Stell Wheel de Montréal en grève en novembre 1978,
-contre les travailleurs de l'Alcan à Shawinigan, en novembre 1979;
ainsi que le lock-out de trois mois imposé entre juin et septembre 1977 à ses propres employés de Volcano à Saint-Hyacinthe (Volcano est propriété de la Société d'État SGF).

Des lois antiouvrières pour briser les grèves

Fin 1979: en un peu plus d'un mois, le PQ promulgue et fait adopter coup sur coup deux lois spéciales. À elles deux, ces lois enlèvent le droit à la grève à plus de 200 000 travailleurs québécois. Sinistre performance.

Empêcher la grève des travailleurs du Front commun
La loi 62, imposée le 12 novembre 79, suspend le droit de grève, jusqu'au 30 novembre, pour les 190 000 travailleurs à l'emploi du gouvernement, membres du Front commun des trois grandes centrales syndicales au Québec.
C'est la première fois dans l'histoire du mouvement ouvrier au Québec qu'une loi interdit le recours à la grève avant même qu'elle ne soit déclenchée. C'est au PQ que revient cet honneur. Lui qui, dans l'opposition, avait dénoncé le gouvernement libéral précédent pour avoir imposé les lois 19 en 1972 et 23 en 1976, lois qui retiraient le droit de grève au Front commun.
La loi 62 représente de plus une ingérence inadmissible dans les affaires syndicales puisqu'elle impose aux syndicats la procédure pour consulter leurs membres sur les offres patronales (section 3, art. 4 et 5).
Malgré la campagne d'intimidation du PQ et les sanctions auquelles ils s'exposaient, 40 000 travailleurs du secteur des Affaires sociales, syndiqués à la CSN, ont décidé de passer outre la loi et ont déclenché la gr;eve le 19 novembre.

Forcer le retour au travail des grévistes de l'Hydro-Québec
La loi 88, adoptée le 18 décembre 79, met fin le soir même à minuit à la grève des 11 600 travailleurs de Hydro-Québec.
Cette nouvelle loi spéciale est encore pire que la loi 62 adoptée quelques jours plus tôt.
Elle ordonne le retour au travail des grévistes (art. 2 ).
Elle leur impose une convention collective jusqu'en décembre 1982, sans aucun recours possible à l'arbitrage (art. 5). La convention imposée reprend intégralement le rapport du médiateur nommé par le gouvernement et fait fi des plus importantes revendications des syndiqués.
Les amendes prévues pour outrage à la loi sont énormes. Elles vont de 5000 à 50 000 $ par jour pour le syndicat (art. 6) et de 1000 à 10 000 $ pour un agent ou un permanent (art. 7).

Des lois antiouvrières aux allures ''progressistes''

Pour tenter de redorer son blason terni par tant d'attaques contre le mouvemenet ouvrier, le PQ a fait adopter deux législations aux allures ''progressistes'' : la loi 45, soi-disant anti-scab et la loi sur la santé-sécurité au travail. Deux trompe-l'oeil qui permettent au gouvernement et aux patrons d'attaquer encore plus durement le mouvement syndical.

Pour légaliser les scabs

Première législation ''ouvrière'' passée par le gouvernement péquiste en décembre 1977, la loi 45 est un sujet de fierté pour le ministre du travail Pierre-Marc Johnson. Cette loi connue sous le nom d'''anti-scab'' est une première en Amérique du Nord. De fait, c'est la première loi qui légalise les briseurs de grève!
L'article 97 (a) permet en effet aux patrons d'utiliser des non-syndiqués (des cadres par exemple) ou des travailleurs syndiqués à une autre unité pour poursuivre la production. Il autorise les compagnies à déménager leur production dans une autre de leurs usines.
Selon l'article 97 (c), un patron peut légalement utiliser des briseurs de gr;eve pour ''éviter la destruction ou la détérioration graves de ses biens et immeubles''. Argument que les patrons utilisent évidemment toujours.
De plus la loi ne s'applique pas aux grèves dites ''illégales''.
Elle permet également d'imposer le contenu d'une première convention collective par conseil d'arbitrage (art. 81), constituant ainsi une grave ingérence de l'État dans les affaires syndicales.
Depuis que la loi est adoptée, les compagnies ne se gênent donc plus pour utiliser des briseurs de grève: c'est légal ! Ainsi:
- à la Commonwelath Plywood, les scabs étaient conduits par camion, protégés par la Sûreté du Québec;
-à la Kenworth de Sainte-Thérèse également, la Sûreté du Québec a fait sortir de l'usine, en juillet 1878, 15 camions chargés de matériel scab;
-à la Canadian Steel Wheel de Montréal, la compagnie faisait expédier des stocks de roues par les contremaîtres scabs pendant la grève de novembre 1978;
-aux Cables industriels de Québec, les contremaîtres acheminaient également la production vers les autres usines de cette filiale de Noranda durant la grève de novembre 1978;
la Société des Alcools du Québec (Société d'État) reconnaissant en septembre 1979 avoir enfreint la loi 45. Le gouvernement viole ses propres lois;
-pendant la grève des raffineries de l'est de Montréal, commencée en décembre 79, des cadres venant de l'extérieur de Montréal poursuivrent la production.

Mettre en jeu la vie et la santé des travailleurs

Adoptée fin décembre 79, la loi 17 sur la santé-sécurité au travail représente un recul sur toute la ligne pour le mouvement ouvrier.
Elle ne reprend aucune des revendications majeures des syndicats sur les règlements face à la sécurité au travail.
-Elle ne permet pas aux travailleurs de consulter le médecin de leur choix.
-Elle ne reconnait pas le droit collectif d'arrêter le travail dans des conditions dangereuses. Selon la loi, un travailleur, individuellement, a le droit d'arrêter le travail ''s'il a des motifs raisonnables de croire'' que sa sécurité et sa vie sont en jeu (art. 12). Mais il ne peut exercer ce droit si ''les conditions d'exécution de ce travail sont normales dans le genre de travail qu'il exerce'' (art. 13).
-La loi prévoit un arsenal de mesures répressives pour tout travailleur qui oserait ''abuser'' du droit de protéger sa vie. ''L'employeur peut imposer un congédiement, une suspension, un déplacement ou une mesure disciplinaire si le droit a été exercé de FAÇON ABUSIVE'' (art. 30).
-Il en est de même pour tout travailleur en charge de la prévention dans l'usine ou qui exerce des fonctions dans le comité de santé-sécurité, si ces fonctions sont exercées de ''façon abusive'' (art. 31 et 81).
- Des amendes allant jusqu'à 500$ pour un individu et 1000$ pour un syndicat sont prévues s'il y a outrage à la loi (art. 236).
-La loi enlève même aux syndicats les pouvoirs qu'ils avaient dans le cadre de la convention collective sur les questions de santé-sécurité. Elle remet tout le pouvoir entre les mains des comités parritaires (ouvrier-patron), institutionnalisant ainsi la collaboration.

mardi 24 avril 2012

Subversions, tome II : tout ce que vous avez aimé du premier, en format jumbo

Montréal, le 24 avril 2012 – Le Bloc des auteur-e-s anarchistes, collectif fondé à Montréal en 2010, lance le 3 mai prochain Subversions Vol. II, un recueil de nouvelles anarchistes contemporaines. Le Bloc des auteur-e-s anarchistes vise à développer un espace pour les initiatives artistiques, créatives et fictionnelles au sein du milieu libertaire et dans la collectivité en général à travers une série de projets audacieux alliant création et critique politique libertaire. Le lancement du livre, préfacé par Raoul Vaneigem, aura lieu à la Casa del Popolo et sera ponctué de performances musicales et de lectures.

Devant le succès obtenu par le premier tome lancé au printemps 2011, le Bloc des auteur-e-s anarchistes récidive cette année encore en publiant le second volume de Subversions. Ce recueil de nouvelles, produit et édité de manière autogérée, rassemble vingt-huit textes étant, chacun à sa manière, en guerre contre l’État, la religion, l’économie marchande, le patriarcat, la société actuelle, mais œuvrant aussi à faire imaginer une société égalitaire, autonome, solidaire, une société libertaire. Ces textes sont issus d'auteur-e-s établi-e-s et émergent-e-s d'Europe et d'Amérique; mentionnons notamment Isabelle Baez (Le Quartanier), Bruno Massé (Guy St-Jean Éditeur), Norman Nawrocki (Black Rose Books), Sandra Jeppesen (Gutter Press) et Edoardo Olmi (Felici Editore). Renouant avec le bilinguisme qui caractérise ses activités, le Bloc a accentué pour cette seconde publication son caractère transnational en invitant huit auteur-e-s italien-ne-s à collaborer au projet.

Fondé lors de la onzième édition du Salon du livre anarchiste de Montréal en mai 2010, le Bloc des auteur-e-s anarchistes s'est rapidement révélé être un collectif pluriel, solidaire et audacieux rassemblant des écrivain-e-s désirant lutter contre l’ordre dominant par le biais de la fiction, de l’imagination et de la création. Formé d'auteur-e-s aussi différent-e-s que le sont les horizons de l'anarchisme, le Bloc s'est résolument ancré dans la lutte artistique comme vecteur de lutte sociale dans cette guerre qui nous oppose à l'oppression sous toutes ses formes. Au cours de ses deux années d'existence, le Bloc a publié deux recueils de nouvelles, organisé une dizaine de cabarets (dont les contributions paraissent dans le zine Ex-pressions) et quelques ateliers littéraires, et présenté une pièce au dernier Festival international de théâtre anarchiste de Montréal.

Le lancement du recueil aura lieu le jeudi 3 mai prochain à 17h à la Casa del Popolo (4873 Saint-Laurent). Des lectures des membres du Bloc parsèmeront la soirée, qui sera aussi agrémentée d'une prestation musicale du groupe acoustico-punk Die Sashiko. L’entrée est (évidemment) gratuite. Un lancement sera aussi organisé le 5 mai à 17h Québec, au bar coopératif L'Agitée.

SUBVERSIONS VOL. II est distribué aux États-Unis et en Europe par AK Press (Oakland) et au Canada par le Bloc des auteur-e-s anarchistes.
ISBN 978-2-9805763-2-4
260 pages; 7”x 5.5”; 15$

mardi 10 avril 2012

Le COBP vous invite à un bal masqué !



Lundi le 16 avril 2012 à 18h

à la Place Vauquelin (à l'Ouest de l'Hôtel de Ville, 275 Notre-Dame E.)

Pour la liberté de manifester masqué, sans trajet ni permis!

Le lendemain de la manif historique du 15 mars 2012 contre la brutalité policière à laquelle des milliers de gens ont participé, le maire de Montréal Gérald Tremblay s'est dit « dégoûté » par les images de vandalisme (mais pas par la brutalité de ses policiers). Il a déclaré qu'il voulait interdire le port des masques dans les manifs et même refuser d'accorder un « permis » pour manifester si les organisateurs-ices refusent de fournir leur trajet aux policiers.

Pourtant, on sait que ce « permis » n'existe pas vu que les Chartes des droits et libertés québécoise et canadienne protègent théoriquement le droit de manifester pacifiquement, le droit de s'assembler et la liberté d'expression... Quant au port du masque dans les manifs, il y a plein de raisons de se masquer, comme pour garder l'anonymat ou pour ajouter un élément artistique et festif à une dénonciation. Surtout quand on dénonce un système qui criminalise les gens par association, car le seul fait d'être présent dans une manif déclarée illégale par la police peut mener à des condamnations.

En plus il existe déjà un article du Code Criminel du Canada qui interdit de se « déguiser » dans le but de commettre un crime, donc un règlement municipal contre les masques ne serait qu'un outil de plus dans l'arsenal des policiers pour faire de la répression politique. Comme si les dizaines d'anti-émeutes, les grenades assourdissantes, les gaz et le poivre, les flics à vélo, les chiens, la cavalerie, l'hélicoptère, les accusations de participation à un attroupement illégal ou à une émeute, les tickets P-6 pour manif illégale ou le ticket pour l'article 500.1 du Code de la Sécurité Routière pour « avoir participé à une action concertée destinée à entraver la circulation routière », les arrestations de masse de milliers de manifestants depuis les années 1990 ce n'était pas assez...

L'administration Tremblay avait parlé d'adopter un tel règlement en 2009, mais ils avaient reculé devant les critiques de défenseurs des droits et libertés de même que la contestation de militantEs regroupés dans le collectif Gros Bon Sens qui avait organisé un Bal Masqué à l'Hôtel de Ville en janvier 2009. Le nom de ce groupe était dû aux commentaires des représentants du SPVM qui disaient aux gens de faire confiance au « gros bon sens » de ses agents pour l'application du règlement anti-masques... Ce nouveau ticket fait partie des demandes de la Fraternité des Policiers et Policières de Montréal depuis plusieurs années. Le président du syndicat policier Yves Francoeur, pour qui la police est « une institution paramilitaire », dit que les pauvres policiers n'ont pas une job facile et qu'ils avaient besoin d'un prétexte de plus pour arrêter des manifestantEs... Suite au 15 mars dernier le maire Tremblay a ordonné à la Commission de Sécurité publique de la Ville de réviser « tous les règlements municipaux » en lien avec les manifs pour éviter les « débordements » et mieux les réprimer.

Les agents du SPVM procèdent déjà à des fouilles abusives, des arrestations préventives et illégales (arrêter des gens avec des pancartes et drapeaux sous prétexte que le règlement anti-manif P-6 interdit d'avoir un bâton « sans motif raisonnable ») et à des arrestations de masse même si l'ONU a critiqué cette tactique en 2005. Il existe des règlements municipaux qui interdisent aux piétons de marcher dans la rue et « d'émettre un bruit audible ». Sans oublier que le Père Noël et le Bonhomme Carnaval seraient eux aussi passibles d'amendes si l'administration Tremblay adopte un tel règlement... Mais les policiers eux auraient le droit de continuer à porter des cagoules pour des raisons de « sécurité publique » bien-sûr. Manifestons masqués contre la répression et pour le droit de manifester librement!

Pour + d'infos : Collectif Opposé à la Brutalité Policière - cobp@resist.ca - www.cobp.resist.ca

lundi 9 avril 2012

«Front commun» et salive


Aujourd'hui je fais quelque chose d'inhabituel. Après avoir pris connaissance de ce texte anonyme sur un site ayant trait à la présente grève étudiante et largement diffusé sur le site honnis de facebook, j'ai décidé de publier ma réponse sur mon blog avec le fol espoir d'avoir des lecteurs et lectrices et d'ainsi dépasser le stade strictement facebook du débat.

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J'ai l'impression que l'auteur manque cruellement de connaissances du mouvement étudiant ou d'expérience dans celui-ci. Il (elle ?) aurait tout avantage à expliquer par quel brio intellectuel il est parvenu à étendre la notion de corporatisme au respect des mandats d'assemblée générale en congrès. Instance décisionnelle qui ne semble pas être très importante pour l'auteur, tant il préférerait que Nadeau-Dubois soit proclamé imperator, lui qui est capable de s'élever au-dessus de nos tristes «égos» pour faire des choix exceptionnels et poser des gestes infiniment plus grands que la somme de nos délégué.es. En outre, cette fascination pour les «leaders» (la CLASSE, les execs, le porte-parole) est inquiétante et tout à fait incongrue dans la tradition de démocratie directe à l’ASSÉ et, par extension, à la CLASSE. Les exécutant.es des associations sont mandaté.es par leurs assemblées générales et révocables par celles-ci en tout temps. Ce sont avec ces mandats en main que les délégué.es votent ou s'abstiennent lors des congrès, et à leur tour procèdent à des élections sur des postes nationaux, par exemple le porte-parole, qui ne fait que représenter le congrès, de la même façon qu'au local : il n'est qu'un exécutant national du congrès. (Comme tous comme les comités et l'autre porte-parole que l'on oublie trop souvent.)

C'est exactement le genre d'article sur lesquels je me sens en droit de cracher, non pas parce que son auteur ne «pense pas de la bonne façon», mais parce qu’il ce texte est le reflet de son ignorance. L’on pourrait croire que l’auteur se donnerait la peine de faire quelques recherches sur le fonctionnement de la CLASSE (lui qui, dit-il, en est membre) et l’histoire du mouvement étudiant qui, tout comme les fédérations étudiantes, ne débutent pas en 2005. Cela lui permettrait peut-être de remettre en contexte les «petits enjeux corporatistes» et les «politicailleries» sont en fait des divergences majeures quant à la conception politique de la lutte et du syndicalisme étudiant : la différence toute fondamentale entre syndicalisme de combat et concertationnisme ou «lobbyisme». De nombreux textes à ce sujet sont disponibles sur le site de l’ASSÉ ou de quelques associations membres, de même que quelques ouvrages faciles à trouver :

Pierre Bélanger, Le mouvement étudiant québécois : son passé, ses revendications et ses luttes, Montréal, ANEQ, 1984

Benoit Lacoursière, Le Mouvement étudiant au Québec de 1983 à 2006 Montréal, Sabotart Éd., coll. « Mémoire & Luttes », 2007

Jean-Marc Piotte, Le syndicalisme de combat, Montréal, Albert Saint-Martin, 1977 et Du combat au partenariat. Interventions critiques sur le syndicalisme québécois, Québec, Nota Bene, 1998.

...et d'autres encore.

C’est bien beau de faire un coup de gueule, mais quand celle-ci est édentée ça perd un peu de sa pertinence.


* Ayant moi-même été affiché quand les flics m'ont kidnappé en échange d'une rançon, et bien que ma situation ne soit pas comparable à l'épiphénomène auquel on assiste avec Gabriel Nadeau-Dubois, je ne veux pas lui lancer l'accusation d'entretenir un culte de la personnalité. Je suis sûr qu'il n'a rien à voir avec tout ce bardas. Cela dit...avouez que c'était prévisible.

jeudi 29 mars 2012

Grandeur et misère d'une pensée

Tu es ma muse et ma faiblesse. Tu portes en toi la fin de mon monde tandis qu'autour de nous, par nous, le temps semble concilier au bonheur.

J'ouvre une porte à la volée. Geste soudain, inconsidéré. La règle du mouvement m'entraîne presque malgré moi, la raison, dans l'obscur au-delà. Je ne vois rien. Les yeux de mon cœur sont clos. Je heurte un mur. J'ai mal. La douleur est bruyante dans le silence muet de mon âme. Je tâtonne les ténèbres pour trouver la source de cette vie bouillonnante. Puis, je tombe.

Nous nous rencontrons au détour d'un couloir.

Je tombe.

Mes lèvres goûtent les tiennes.

Je hurle.

Nous sommes l'un contre l'autre, liés, biaisés, aimés, nichés dans le creuset du temps, rythmés du sable qui s'écoule.

Je lacère mes chairs.

Nous sommes seuls. Je suis penché vers toi. Tu reposes ta tête sur moi et me souffles ces mots qui cèlent mon destin.

Je saigne.

Tu me souris tendrement. Cet éclat dans tes yeux...

Je meurs, enfin, en éprenant le sol.

Pour renaître dans tes souvenirs.

mardi 27 mars 2012

Et si...il y avait plus à vivre que la misère


«Être gouverné c'est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n'ont ni titre ni la science, ni la vertu... Etre gouverné, c'est être, à chaque opération, à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, apostillé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C'est, sous prétexte d'utilité publique, et au nom de l'intérêt général, être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre résistance, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà sa morale !» Pierre-Jospeh Proudhon, Du principe d'autorité.

Je viens d’avoir 24 ans. Ça me fait peur. Je ne sais pas où elles sont passées, mes vingt-quatre années. La roue tourne et de plus en plus vite. Je me souviens, plus jeune (si jeune!), au secondaire, j’avais le même vertige concernant mon avenir. Qu’allais-je faire de ma vie ? Il y avait même un cours obligatoire pour nous diriger sur le marché (aux bestiaux) du travail, «Éducation choix de carrière» que ça s’appelait. Ce qui était bien avec ce cours, c’est qu’on avait pas besoin de réfléchir (le modèle scolaire idéal, il va sans dire) puisque l’on nous offrait un modèle hyper-scientifique pour déterminer notre orientation professionnelle : le test RIASEC. Vous vous souvenez ? Ce test détermine si vous avez une personnalité réaliste, investigatrice, artistique, sociale, entrepreneuse ou conventionnelle. Je trouvais ça absurde que l’on puisse attribuer une étiquette inamovible à la personnalité de jeunes personnes ayant seize ou dix-sept ans avant même leur entrée au cégep, mais on m’a toujours dit que j’étais marginal alors j’ai fermé ma gueule et j’ai passé le cours (c’est bien ça le but de l’école, non ?). Puis, j’ai commencé à affiner ma vision du monde, à aiguiser ma critique, et une pensée trottinait malicieusement dans mon esprit : et si ce n’était pas ça le but de l’école. Admettons que ça serve à autre chose que d’alimenter les entreprises de chair fraîche et de rendre les cerveaux disponibles à la consommation; disons que le savoir que l’Humanité a accumulé jusqu’ici n’est pas –ne devrait jamais devenir- une marchandise et qu’en prendre connaissance est un droit. Alors on fait quoi ? On fait comme pour tous nos autres droits : on se bat pour le conquérir.

Ces belles années du secondaire m’auront vraiment marqué au fer rouge. Il a fallu que je m’y prenne à deux fois avant de trouver un semblant de paix, la première école que je fréquentai étant un enfer sans nom. J’y étais un «rejet», un mot que je francise pour vos yeux chastes, mais dont la prononciation rimait plutôt avec «abject». Ce qui était pire que les surnoms, que les insultes, que la solitude, c’était l’ostracisation et le mépris. Heureusement, j’ai eu la chance de tomber au cégep -et plus tard à l’université- sur des ami.es irremplaçables et j’ai trouvé dans les associations étudiantes une manne de personnes dévouées, solidaires des autres, bourrées d’empathie, déterminées à changer le monde et bien souvent aussi marginales que moi. Oh! bien sûr il y eût des bas : quelques ruptures ici et là, ces petites choses qui font mal même si l’on est bien entouré; ces moments qui nous donnent l’impression d’être au centre d’une tragédie grecque. Et pourtant c’était si peu comparé à cette impression d’avoir tant vécu, d’avoir pu prendre part à des expériences aussi motivantes que la démocratie directe, la vraie, celle où on peut donner son avis autrement qu’avec une croix sur un bout de papier et où les gens réunis en assemblée modèlent les discussions et les propositions. Oui, je me sentais bien. Mais j’ai vite déchanté quand il a fallu défendre ce que nous avions tous et toutes ensembles décidé en assemblée; quand je me suis heurté au même mépris implacable que j’avais subi plus jeune; quand j’ai entendu les ministres libéraux et de sinistres chroniqueurs me balancer que si j’étais pauvre, c’est parce que je dépensais tout mon argent en bière, que je chialais le ventre plein, que mon opinion était irréfléchie ou simplement basée sur des impulsions égoïstes. Dire que l’on est une minorité toujours insatisfaite qu’il ne vaut pas la peine d’écouter, c’est aussi ça de l’ostracisation, madame la Ministre. C’est intimidant. On aurait pu considérer cela ironique venant de quelqu’un qui promet de mettre fin à l’intimidation dans les écoles si nous n’avions vu ses policiers charger, matraquer, gazer, tabasser, séquestrer et blesser parfois grièvement les étudiants et étudiantes dans la rue. Mais ça, à la longue, on s’y attend. Le pire, je crois, ce sont les «conseils» que nous prodiguent d’autres chroniqueurs, qui accessoirement se disent de gauche, comme si ça pouvait tout excuser, comme si on avait besoin de leurs satisfecits. Parce qu’il arrive aussi que ces chroniqueurs embarquent à leur tour sur la glace pour me dire que j’exige l’impossible, souvent sans même écouter ce que j’avais à dire.

Lorsque j’entends le gouvernement et certains éditorialistes me répéter ad nauseam que la hausse des frais de scolarité c’est pour mon bien, j’ai l’étrange impression d’être devant des médecins du moyen-âge s’apprettant à me faire une saignée.

Et il y a ces cas absurdes, modernes :

«Tu ne sentiras rien, dit untel, sortant du placard une seringue de 1625 millimètres de long.

- Allons, allons : si tu es pauvre on va te transfuser tout le sang que tu auras perdu», m’assure un autre.

On aura beau agiter une sucette devant mes yeux, j’entends très bien les cris horribles provenant des autres salles. Je vois des flaques rouges s’épandre sous les portes closes. Aujourd’hui, la jeunesse fait corps : s’attaquer à l’un c’est nous affronter tous.

vendredi 23 mars 2012

La Rhinocérite


 Cet article a été publié dans le numéro du mois d'avril du journal Le Couac.

*La vocation de ce texte n’est point du tout de diffuser une caricature stéréotypée basée sur l’apparence, le style ou les habitudes de vie. Il s’agit plutôt d’une dénonciation sous forme de satire de comportements brutaux inexcusables qui mettent à mal la fragile unité que nous –et d’autres avant nous- avons su édifier sur le principe de diversité des tactiques.*

Inventée par Eugène Ionesco, la «rhinocérite» désigne une pathologie qui transforme progressivement la personne atteinte vers un état proche du rhinocéros(1), cette «bête immonde». De la même souche que le syndrome du larbin, la rhinocérite, plus pugnace, est à la fois un trouble psychologique et une maladie dégénérative qui évolue en se propageant plus ou moins rapidement dans l’organisme du porteur, touchant progressivement l’épine dorsale, le cerveau, puis le coeur. Dans les cas les plus fréquents, nous remarquerons par ailleurs une perte de l’usage du grammaire et des fonctions cognitives telle que la mémoire de l’orthographe. La rhinocérite se décline en trois stades distincts qui possèdent chacun leurs propres symptômes : le pacifiste dogmatique, le hippie-fasciste et le réactionnaire-rhinocéros
Le pacifiste dogmatique
Bien qu’en apparence au stade le plus inoffensif, le pacifiste dogmatique est caractérisé par être sujet, lorsqu’en groupe, à des crises de paranoïa sévère lors desquelles il se croit être victime d’«infiltration» d’éléments «violents» - souvent perçus comme «extérieurs» à son petit groupe d’ami.es - qui conspirent pour «nuire à [son] image». Les réactions à ce délire typique peuvent varier, mais le pacifiste dogmatique étant extrêmement contagieux, il arrive bien souvent qu’il contamine assez d’individus autours de lui pour s’attaquer psychologiquement aux souffre-douleurs de sa psychose aux moyens du harcèlement, de l’intimidation, de l’ostracisation et de la marginalisation. Si l’effet n’est pas nécessairement immédiat, il peut toutefois perdurer tant qu’un stimulus extérieur attisera les symptômes, le plus commun étant un mouvement généralisé de protestation sociale – le pacifiste dogmatique tirant sa force de sa capacité de contagion. Le symptôme le plus courant et le plus facile à détecter est une altérité schizophrénique du sujet vers une figure mythifiée et idéalisée de Gandhi.
Le hippie-fasciste
L’appellation «hippie-fasciste», popularisée par un collectif (mise en) demeuré d’académiciens-troubadours réputés de Montréal, a été découverte tout à fait par hasard lors d’une thérapie de groupe au cégep du Vieux-Montréal il y a de cela quelques années. Suite à une transformation sémique, ce terme réfère désormais au deuxième stade de la rhinocérite, notoirement plus agressif que le premier. Possédant tous les attributs du pacifiste dogmatique, ceux-ci sont toutefois nettement exacerbés chez le hippie-fasciste, qui a ceci de particulier qu’il est prêt à user instinctivement de violence physique pour imposer sa conception de la «non-violence» - qui se limite bien souvent à un vague absolu tautologique. Cette association entre «hippie» et «fasciste» aurait pu constituer un oxymore si celui ou celle qu’elle désigne n’était déjà dans un paradoxe de non-violence violente. Le hippie-fasciste, tout comme le pacifiste dogmatique, aime beaucoup lire les médias de masse, vecteurs de propagation de la maladie. Il est particulièrement friand de l’approbation des journalistes et les tient en adoration, soulignant ainsi une dépendance affective qui se traduit également dans un soucis fétichiste de l’image. Pour le hippie-fasciste, il n’y a pas non plus contradiction dans l’idée que des conglomérats médiatiques privés rapportent ce qu’ils présentent être l’opinion publique.
Le réactionnaire-rhinocéros
Le réactionnaire-rhinocéros, si commun que nous en avons tous et toutes au moins un dans notre famille, est un cas à part dans les porteurs et porteuses de la rhinocérite. En effet, de manière générale, celui-ci n’a pas vécu les deux premiers stades de la maladie. Ayant sans doute été exposé à une souche plus virulante dans sa jeunesse, le réactionnaire-rhinocéros est l’aboutissement logique de la maladie. Si le pacifiste dogmatique et le hippie-fasciste ont une vision étroite et sectaire des mouvements sociaux, le réactionnaire-rhinocéros, lui, leur est intrinsèquement hostile. On reconnait bien facilement le réactionnaire-rhinocéros à la structure osseuse prépondérante qui lui transperce le cerveau et dont il porte fièrement la pointe effilée dressée sur le front. Cette corne lui permet en outre d’intercepter les ondes radiophoniques, relayées dans son cerveau par résonnance. Ce processus le porte à croire que le braillage qu’il entend constamment est en fait ses idées. L’on retrouve une concentration importante de réactionnaires-rhinocéros dans la police et dans l’armée, plusieurs recherches tendent en effet à démontrer qu’avec un lien affectif aussi étroit entre le réactionnaire-rhinocéros et sa corne, les fusils en seraient tout naturellement l’extension dans sa psyché.
Conclusion
Dans tous les cas, le comité anarco-médical nous rappelle qu’une hygiène critique régulière ainsi que le port du masque sont fortement recommandés afin de réduire les risques de contamination inhérents à la promiscuité des sujets, par exemple dans une manifestation. N’oubliez jamais que les plus hargneux des réactionnaires-rhinocéros sont armés et feront tout pour vous blesser et/ou vous séquestrer. Formant une caste prisée et protégée par la classe dominante –magistrature, patronat, politicien.nes et hauts fonctionnaires-, la police, corps des réactionnaires-rhinocéros, doit être considérée en tout temps comme extrêmement dangereuse. Sachez la combattre comme telle. Si vous vous reconnaissez quelques uns des symptômes énumérés ci-haut, il est important d’éviter le contact physique avec les personnes saines auxquelles vous pourriez faire subir les conséquences malheureuses et potentiellement mortelles de la rhinocérite. Au contraire de certaines maladies vénériennes, il est possible de se guérir, ou à tout le moins dans les deux premiers stades de la maladie. N’attendez pas qu’il soit trop tard, la rhinocérite peut être fulgurante.


(1)L’animal et non la bestiole électorale québécoise.