mardi 26 juillet 2011

GAMMA : ne pas avaler

Dans une entrevue donnée sur la chaîne radio de Radio-Canada le 19 juillet dernier, le sergent Ian Lafrenière, bien connu des milieux activistes pour être le porte-merde du SPVM en matière de conneries publiques, expliquait à l'animateur Roch Cholette sa définition de l'escouade GAMMA (Guet des activités des mouvements marginaux et anarchistes). On se souviendra de ses prouesses créatives sur les cockatils molotov imaginaires et, surtout, son chef d'oeuvre: « un bazooka pour lancer des projectiles en feu» supposément monté par le black block lors de la dernière manifestation contre la brutalité policière ! (Sans blague, écoutez à partir de 7 minutes 35). À une question sur la fonction des policiers impliqués dans l'escouade, notamment sur l'aspect d'«intelligence» (pour éviter tout malentendu, compréhensible, soulignons que nous parlons ici de la récolte de renseignements) du travail des flics, celui-ci débita que GAMMA récoltait des renseignements sur les personnes se proclamant de l'anarchisme puis, se ressaisit pour préciser qu'il s'agit des anarchistes utilisant «la violence». Qu'est-ce qu'ont fait les flics de l'escouade concernant les arrestations des maoïstes le 29 juin ? Écoutons le gradé : «Ce qu'ils ont fait, ils ont ramassé des informations sur les gens qu'on avait sur place à essayer de tenter de trouver qui ils sont. Parce qu'il ne faut pas oublier, les gens qui étaient dans cette manifestation-là avaient le visage couvert, alors pour trouver les suspects qu'on recherchait, fallait essayer de trouver de l'information dans le milieu avec nos banques de données, tout ça... » Vous avez lu ? Je vous le pointe : «avec nos banques de données». Sur toutes les tribunes où il a été invité à parler de GAMMA, Lafrenière babillait la même chose, soit qu'il ne s'agissait aucunement de profilage politique, que les flics du «projet GAMMA» n'étaient actifs que lors d'événements ponctuels et que les libertés fondamentales tiennent à coeur le SPVM (rires dans la salle). Or, on parle ici de fichage de dissidents et dissidentes politiques, plus ou moins activistes selon le cas. Bien sûr, nous le savions depuis longtemps et nous vivons avec, prenant bien soin, justement, de se masquer lors de manifestations -chose malheureusement de plus en plus décriée même par les pacifistes de la gauche conformiste qui devient, à son tour, corroie d'une répression policière par sa collaboration. Les flics marchent à nos côtés dans la rue, et tous n'ont pas nécessairement un badge.

Plus étrange encore, il a fallu attendre le 19 juillet avant qu'un communiqué laconique du SPVM à propos de GAMMA fasse surface sur leur site web. On y parle des manifestations contre la hausse des frais de scolarité ainsi que du 1er Mai. Fait incongru, alors que le médiatisable Lafrenière répétait à qui voulait l'entendre que les arrestations étudiantes, au contraire de celles des maoïstes du 29 juin, n'étaient pas liées à GAMMA, on retrouve pourtant côte à côte les deux événements dans ce torchon policier. Le SPVM n'en est pas à ses premières contradictions.

J'aimerais soulever une autre question : la création de l'escouade en tant que telle. Souvenez-vous des premières informations à avoir filtré dans les médias concernant le Guet, elles indiquaient qu'il relève de la section du crime organisé (!) et retraçaient sa création à il y a deux ans On apprend également que l'escouade s'est «activé» (go go power rangers) suite à la manifestation du 1er Mai. Or, pourquoi n'avons-nous jamais été au courant, depuis ces deux dernières années, d'un projet aux telles conséquences anticonstitutionnelles (pour ce que ça vaut, remarquez... ) et comment les flics y sont-ils formés ? La question est légitime, après tout nous parlons ici de profilage politique et nous connaissons tous les faiblesses académiques des flics en la matière. Est-ce que des militants ou des militantes de QS seront prochainement arrêtés pour incitation à la violence, distribution de tracts haineux etc ? (Voir les «tracts haineux» du défunt PCR St-Jérôme). Selon quels critères les flics sont-ils admis dans cette escouade ; leur expérience dans l'escouade anti-émeute ? Pour essayer de trouver de maigres réponses à tout ça, J'ai visité en détail à la fois le site du SPVM et celui du Ministère de la Sécurité publique (sic) et je n'ai rien vu sur GAMMA, même dans les rapports, bilans et budgets annuels on ne mentionne jamais l'existence de cette escouade. Depuis deux ans que la flicaille se prépare en douce (et même avant, n'en doutons pas) à Montréal et vlan ! ça nous tombe soudainement dessus.

Plusieurs réactionnaires actifs sur le net soulevaient le fait que, si les personnes arrêtées étaient innocentes, les tribunaux les relâcheraient, les oiseaux siffleraient et tout irait bien sur la Terre des aïeux. Si ce n'était que de telles accusations constituent un slapp politique, une poursuite-bâillon, en vue de neutraliser certains activistes et porter un coup à leurs organisations ou réseaux d'activité. En effet, les corps de police au Canada semblent avoir pour stratégie ces dernières années de criminaliser l'opposition extra-parlementaire radicale, à plus forte raison les tendances anticapitalistes, afin de paralyser le mouvement contestataire. D'ailleurs, la pratique (on le sait, illégale en regard du droit international) de l'arrestation de masse est à mettre dans la même lignée. Les personnes arrêtées, en plus de devoir assumer des coûts parfois exorbitants pour leur défense juridique (et leur cautions, le cas échéant) doivent y sacrifier une quantité importante d'énergie qui autrement auraient pu aller dans d'autres projets politiques. En outre, comme tout marché de dupe, certaines conditions peuvent s'appliquer. Comment ne pas évoquer ici le cas particulièrement répugnant d'Alex Hundert, compagnon ontarien obligé, après de nombreuses péripéties, de signer des conditions délirantes incluant : l'interdiction d'exprimer des opinions politiques en public ; de participer, d'organiser ou d'aider à organiser quelconque marche ou réunion ; assignation à domicile ; commenter directement ou indirectement sur internet et plus encore.