mardi 13 septembre 2011

Des flics et un larbin



On le sait, Lagacé aime bien trôner au-dessus de la mêlée en crachant ici et là ses chroniques, qu'il fait passer comme étant du journalisme. Je lis souvent ce qu'il écrit, autant que du Martineau ou du Duhaime, parce que nous devons créer un espace d'information autours de la désinformation ambiante ou, quand involontaire, la connerie abyssale des chroniqueurs (et journalistes) de ce monde. Penchons-nous aujourd'hui sur un des sujets sur lequel Lagacé aime bien écrire un amoncellement de marde : la brutalité policière .

Justement, il nous parle ces derniers temps d'une intervention policière...comment dit-on déjà ? Ah ! oui, «musclée», filmée par le téléphone d'un dude lambda. Le tout commence par une réaction sur son blogue. Bien qu'avouant ne pas connaître le contexte ( «Comment en est-on venu à ça ? On ne le sait pas. Le contexte n’y est pas.»), Lagacé ne se prive pas pour avancer ses propres conjectures : «Mais ça ressemble à une sortie de bar et ces scènes-là sont rarement élégantes.» Or, qu'apprend-on suite à la lecture de témoignages ? Que, loin de sortir d'un bar, les personnes apparaissant sur la vidéo sortaient plutôt d'une projection cinématographique et que l'un d'entre eux avait dans les mains une canette de bière. Les flics, passant tout près, l'ont repéré comme un requin repère sa victime, et s'en est suivi l'inévitable coutume policière de frapper à tout va, de poivrer et d'arrêter le premier qui passe à portée. Mais pour Lagacé, ça va. «Jusqu’ici, même si les images ne sont pas nécessairement édifiantes, je ne suis pas scandalisé», écrit-il. Parce que c'est un vrai lui, tsé : un de ces journalistes qui savent faire la part des choses, pas vrai ? Toutefois, une jeune fille, que l'on présume connaître le jeune homme poivré, se porte à la secours de celui-ci et, parait-il, tente de lui verser de l'eau sur le visage (on se souvient de ses cours de médics, tout le monde ?) afin de le soulager un peu. Ces bonnes intentions sont criminelles aux yeux d'un flic, qui l'agrippe pour ensuite la lancer sur un poteau de stationnement. C'est choquant. Mais pas assez pour Lagacé puisque : «qu’il la manipule pour la déplacer, ça va : les agents ont affaire à parler au jeune poivré, ça ressemble à une arrestation imminente.» Oui, il faut que les flics mettent les menottes à un dude, souffrant à cause du poivre, et le sacre dans leur char, le laissant là-dedans pendant...oh, pendant le temps qu'ils pensent nécessaire ! Alors dégage et cesse d'aider tes amis. C'est, en somme, la philosophie de Lagacé. Il l'écrivait d'ailleurs dans une chronique de 2008, après l'assassinat policier de Montréal-Nord : «Ton ami se fait arrêter par la police? Ferme ta gueule. Sors ton portable et filme la scène: s'il y a en effet brutalité policière, YouTube se chargera de faire de l'agent une «star» du web.» Cela a le mérite d'être clair, n'est-ce pas ?

Mais n'arrêtons pas là ! Lagacé, lui, ne le fait pas non plus. Le lendemain de sa réaction sur son blogue, il transforme sa marde initiale en caca professionnel. Ce n'est pas un alchimiste : le résultat n'est pas fameux. S'est-il renseigné ? Non : «On ne connaît pas la raison de l'intervention». A-t-il changé d'avis sur l'évidente violence policière ? Non : «Ce jeune homme, plaqué contre la voiture de patrouille par quelques policiers qui tentent de le maîtriser? Pas beau à voir. Brutal, mais est-ce de la brutalité policière? Pas sûr.» Remarquez qu'il admet le caractère brutal de l'intervention policière, mais la matraque qu'il a dans le cul (juste à gauche d'un insigne du SPVM) l'empêche encore d'associer les deux concepts. Quand la fille se fait tordre les poignets dans le dos et sauvagement agripper, est-ce là de la brutalité, herr Doktor ? Nein ! «les flics ont affaire à ce jeune homme, la fille est dans le chemin, le policier la soulève brusquement. Pas amusant à voir. Mais nécessaire.» Il faut attendre un peu plus loin de sa chronique pour enfin voir un peu de lumière dans cet anus. Après recension de ses délires, je suis convaincu qu'il aurait pu nier le tout en bloc, du début à la fin. Mais ce n'est pas son style. Un bon larbin en est un prêt à faire quelques sacrifices pour le «bien commun» policier. Alors, que fait-on ? On jette à la plèbe le flic le moins défendable en prenant bien soin de garder sous silence la complicité tacite de ses collègues et du SPVM dans son ensemble. Toujours en précisant avoir «un respect immense pour le travail des policiers»...

C'est un euphémisme. Lagacé est éminemment respectueux des policiers. En fait, il l'est tellement qu'il a la langue brune à force de l'enfourner dans les fesses des flics. L'on se souviendra de la tuerie du SPVM en juin dernier. Non content d'assassiner un itinérant (la routine, quoi), les agents ont eu le malheur, en vidant leurs chargeurs, d'atteindre un autre dude dans la rue, un «bon citoyen» cette-fois. Même le Journal de Montréal est en furie. Mais oh ! c'est sans compter Lagacé qui, bien évidemment, se porte à la rescousse de ses amis. Dans sa chronique «putain de couteau», celui qui aujourd'hui ne connait pas le contexte en savait long cette journée-là sur ce qui s'était passé rue St-Denis. Assez, même, pour nous expliquer ce que pensaient les flics et nous offrir un dialogue digne d'un procès-verbal dûment enregistré. Mais il n'était pas là. Ses amis y étaient. Ça suffit pour lui. Il fera tout pour les innocenter. Car, n'oublions pas que : «c'est dénaturer cette tragédie que de parler, stupidement à ce stade, de «bavure» de la police.» Le lendemain, l'efficacité de notre larbin refait surface. Dans «Fusillade du SPVM : mort absurde, oui ; bavure, pas sûr», il recommence la tactique bien éprouvée du sacrifice pour le plus grand bien policier. Car, «il est outrancier de parler de « bavure policière ». Marcellus François, Anthony Griffin, Richard Barnabé : voici d’authentiques bavures policières, des dérapages d’agents trop crinqués. Mais dans le cas qui nous occupe ? Calmons-nous. » Assez, assez ! Laissez donc ces pauvres flics en paix. Après tout, ne sont-ils pas emmenés rapido presto à l'hôpital pour traiter ces chocs nerveux ? Juste le temps qu'il faut pour un petit debriefing entre agents. Entre agents et Lagacé, tiens. Ce serait une explication pour toutes ces informations privilégiées qu'il tire de son chapeau le lendemain même des événements. Mais ce n'est pas le plus beau, dans tout ça. N'importe qui peut ainsi se porter à la défense inconditionnelle des flics. C'est ainsi que ça fonctionne dans notre petit monde pourri. Par contre, qui peut prétendre le faire avec autant de passion que Lagacé ? Parce qu'il faut le faire, en plus de ça, s'offrir le luxe, dans « Un trio chez McDo», d'écrire cette petite nouvelle sur le quotidien du flic patrouillant un quartier rough. Bien sûr, ce n'est pas le quartier de Lagacé, mais pourquoi ne pas étirer la sauce sur ce que les gens vivent là-bas ? Et surtout c'est si beau ! Une perle du genre, je vous l'assure. C'est l'histoire d'un flic qui connait bien le quartier. Il en a des années dans le corps, le gentil monsieur. Un jour, il rencontre son ami pas chanceux dans un McDo et «les deux hommes ont parlé de la vie, de celle du poqué qui s'était retrouvé à la rue, surtout. Le poqué voulait bien se reprendre en main, mais bon, ce n'était pas si simple. Certains démons sont forts, vous savez. Le flic l'a écouté, l'a encouragé.» Oui, parce que le monsieur il est gentil et il aide son ami pas chanceux. Faudrait faire des recherches pour savoir si Lagacé est un des scénaristes des Teletubbies. Le punch ? Le gentil agent de la paix revoit plus tard son ami dans la rue. C'est Mario Hamel. Arrive ce qui arrive. Bang !

Vous vous souvenez de la règle des quelques sacrifices ? C'est la morale de cette histoire : «Après tout, policier, c'est comme n'importe quel métier: il y en a des extraordinaires, il y en a des nuls. Entre les deux, une masse critique qui fait honnêtement et correctement son métier.»

Bon, on lit ça et tout et on se dit que le contraire doit être vrai ; qu'il doit aussi nuancer, au contraire de ses collègues, les démonstrations anticapitalistes radicales. Ce serait mal le connaître. Je suis sûr que plusieurs d'entre vous se souviennent encore de sa célèbre chronique «petits rots révolutionnaires» dans lequel il s'adresse aux «camarades», qu'il traite tour à tour de lâches, d'incultes, d'idiots, d'enragés et de «tatas sans envergure» (ma préférée). C'est que Lagacé vit de contradictions ; il baigne dedans comme un cochon se vautre dans sa fange.

Voyez le schéma : un flic matraque, poivre et même tue des gens, c'est malheureux mais nécessaire. Toutefois, quand des anticapitalistes fracassent quelques vitres dans le centre-ville, là ce sont des fous-furieux dangereux sans cervelles.

Bon. J'arrête. Ça me déprime.


Fosse sceptique :

http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/patrick-lagace/201109/13/01-4447025-un-flic-bien-brave.php

http://blogues.cyberpresse.ca/lagace/2011/09/11/de-la-brutalite-policiere-pure-et-simple/

http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/patrick-lagace/201106/13/01-4408611-un-trio-chez-mcdo.php

http://blogues.cyberpresse.ca/lagace/2011/06/09/fusillade-du-spvm-mort-absurde-oui-bavure-pas-sur/

http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/patrick-lagace/201106/08/01-4407421-putain-de-couteau.php

http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/patrick-lagace/200903/16/01-836797-petits-rots-revolutionnaires.php

http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/200809/08/01-662275-un-samedi-soir-ensoleille.php

2 commentaires:

  1. Je viens de lire son billet. Bel exemple de servilité intellectuelle, en effet.

    Et en plus il ose pasticher le titre d'une chanson de Renaud! Je suis pourtant pas dans sa gang, mais quand je lis ce qu'il écrit, le premier sentiment qui me vient c'est la honte.

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  2. Un acte cathartique : se torcher avec une de ses chroniques. L'efficacité laisse à désirer, mais la jouissance est au rendez-vous.

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