dimanche 23 octobre 2011

Monologue en aparté



D'emblée je voudrais vous avertir qu'il s'agit ici encore d'un article sur le versant montréalais du mouvement ''Occupy''. Je sais, je sais : on repassera pour l'originalité. Aussi, les bien-pensants me le pardonnent, je m'apprête à être une voix discordante dans le love-in général. Mais attendez donc que je vous explique un peu la particularité de ma critique, et reposez ces roches où vous les avez prises; vous êtes pacifiques, après tout. D'ailleurs, je ne vous en félicite pas, mais il s'agit d'un autre débat que de fâcheuses conditions de libération (G20, va chier !) m'empêchent d'aborder comme je le voudrais. Là où le pavé blesse, c'est votre incompréhensible ancrage dans la diégèse du système (capitalo-parlemento-spectaculo-marchand, on s'en fout c'est tout à la fois et c'est bien pour ça qu'on parle d'un «système») comme si elle était purement réalité : la seule possible, la seule tangible. Je ne vais pour vous faire la leçon du «l'Histoire nous prouve que...», néanmoins je ne vous cacherai pas le parallèle auquel me fait penser votre mouvement de celui de la jeunesse des années '60, quoique les différences, et c'est ce que je veux démontrer, soient profondes et marquantes.
À commencer par cette peur d'être illégitimes; qu'en somme, votre contestation soit contestable. Votre «indignation» (ces guillemets en sont de sarcasme) manque cruellement d'estime de soi. Peut-être est-ce de là que vient votre fameux slogan du 99%; vous voulez tellement paraître inclusifs que vous en venez à dénaturer le sens de la révolte qui hiberne dans vos campements. Pourquoi tenez-vous tant à parler de statistiques et de pourcentages ? Ce que je vois, c'est une révolution comptable. Que faites-vous des dissidents «extranumériques» qui, comme moi, refusent d'entrer dans ce moule ? Voyez, à moins de nous inclure de force votre vision du monde ne tient déjà plus la route; le résultat est faussé : ni 1, ni 99, ni 100... L'affinité est une chose qui ne se mesure pas avec des nombres.
Et puis d'ailleurs, que vaut un mouvement de contestation qui collabore si ouvertement avec les autorités qu'il en inclut les flics comme étant des «alliés potentiels» ! Après ça vient nous parler d'agents provocateurs, c'est tout de même culotté de votre part. Beaucoup parlent de votre inexpérience, vous seriez selon ces personnes des diamants bruts qui, à force de se frotter avec ces sales cons(tables) du SPVM, en viendront à se polir d'eux-mêmes à force de se faire tailler. Ce n'est pas mon opinion. Quinze années de manifestations contre la brutalité policière n'auront pas suffit à indigner ces téléspectateurs et téléspectatrices auxquels vous vous ralliez à tout prix. Est-ce par hasard que l'on peut lire sur votre forum des envolées nauséeuses sur le soucis de l'image ? Eh oui, l'«avantage» d'avoir des experts en marketing dans vos rangs. Cette image, dis-je, qui vous obsède : la démesure du paraître au mépris de l'être. Car c'est bien de cela dont il s'agit, l'image, et c'est en soi un problème bien plus grave que vous ne le croyez. Je vous le dis bien franchement : les revendications, on s'en fout. Qui vous en tient rigueur ? Les politicards qui vous tenaille l'artère d'un dilemme : que vous en ayez et vous en aurez trop à leurs yeux; ou au contraire que vous les laissiez tomber (avec raison) et ils vous taxeront d'incohérence sur les tribunes médiatiques. Ce dilemme n'existe que si les médias vous préoccupent. Cette alternance entre symbolique et pragmatisme vous déchire plus qu'elle ne vous vient en aide. Le monde est pourri, oubliez ses institutions ! Vous êtes vos propres revendications; elles résident en vous-mêmes. Chassez l'économique et enracinez-vous dans la Poétique de la révolte. Les plus beaux poèmes ne peuvent qu'être écrits sur les murs : «Prenez vos désirs pour des réalités».
Les possédants, les patrons, les bourgeois, les politicards, les propriétaires, les riches, l'élite...le discours que vous répétez en assemblée ou devant les caméras est inspiré du leur. Oh bien sûr vous n'arrivez pas aux mêmes conclusions (et encore !), mais vous parlez leur langage. Libérez-vous du poids de ces contraintes ! Réinventez, créez, chantez, dansez, baisez, vivez ! merde. Ce que je vous reproche ? Vous avez sur vous la même odeur de cadavres.
Je vais tenter de terminer cet article sur une note d'espoir car j'aime la polyphonie. Je souhaite me tromper et que tout ceci soit le début de quelque chose de plus grand : que l'«occupation» s'émancipe des traditions du vieux monde plutôt que d'y plonger; qu'il renonce à la collaboration pour enfin oser devenir quelque chose de plus grand comme une véritable occupation; celle que l'on arrache des mains glacées de l'autorité, quelle qu'elle soit. Que l'occupation ne soit pas la finalité, mais le commencement d'une indignation impolie, turbulente, intruse, passionnée. Que l'indignation devienne révolte et que révolte devienne...allez savoir quoi. Peut-être une révolution. Pas besoin d'y donner un nom, juste de la vivre.

-De la part d'un pouilleux sans poux

6 commentaires:

  1. Y devraient occuper l'intérieur des banques et faire des feux de camp avec l'argent.

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  2. Il y a beaucoup de choses qu'ils et elles devraient faire, mais surtout ne pas faire. Je n'aime pas l'emprise d'une certaine logique de coercition parmi les occupants. Ajoute à ça leur attitude de collabo et l'étonnante légèreté avec laquelle la Milice patriotique se promène en uniforme sur le campement...bref, j'la sens mal, l'occup

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  3. Ouin, la milice schizophrène, je l'ai vue. Étrange qu'elle soit tolérée, mais pas la "diversité des tactiques".

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  4. Hum. Bakouchaïev répond à ce texte à partir de son propre blogue.

    http://anarhilisme.blogspot.com/2011/10/bemol-une-critique-radicale.html

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  5. Merci, Mouton (en passant c't'un nom de code).

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