dimanche 4 décembre 2011

Ce qui se passe le soir venu



Élastique de désir au pendant des souvenirs; la vie oblique au sens mouvant des pensées possibles.
Le temps passe, toi aussi.
Les journées marchent au pas romain. À tendre l'oreille, on croirait presque entende le tintement des armes sur le bouclier. Chaque seconde, chaque battement de cœur est une lutte à mener. Contre eux, contre tous, contre soi, contre toi...Il n'est de plus grande défaite que celle qui réside au fond de nos empreintes tracés sur le sol. Celles qui fuient. Ces empreintes, elle sont partout : sur tout.
Quand tu as levé les yeux vers moi, avec cet air : ce demi-sourire peiné qui se perdait quelque part dans ma résignation, j'ai perdu quelque chose de beau.
Je cris! Tu n'entends pas.
Tout s'effondre, le vertige aussi. J'ai mal. J'ai froid.
Puis, plus rien. Ni faim. Ni froid. Juste le mal. Là, près, au fond, tapis, derrière toi. Il ne parle pas. Son silence est pire. Il pulse au rythme du cœur. Son poison accompagne mon sang vicié.
Il n'y a plus de refuge. Il n'y a plus d'étoile. Tout est gris, morne, sans couleur. Elle est partie. Même les volutes bleutées de ma cigarette ne dansent plus. Le vin n'a plus de goût. Il est triste, lui aussi.
Je me demande bien qui peut vivre devant moi. À peine t'ai-je plus connu que je ne connaîtrai jamais ces voisins d'en face. Vivent-ils aussi. Meurent-ils aussi. Comment peut-on se connaître quand le jour nous sépare? Cela nous prendrait une nuit éternelle.
C'est drôle. Aussi amusant qu'au coin de ma rue. Il y a là un repaire de sans-abris. Un restaurant à bas prix, pour être plus précis. Un Mc'Donald servant des Mc'Misère à la chaîne. Les gens là-bas ne se connaissent pas non plus. Ils partagent la faim, le froid, le mal. Ils affrontent la neige, le vent, l'indifférence, mais ils ne se connaissent pas. Dans la haine, le mépris ou l'amour, nous ne nous connaissons que bien rarement. Et, quand cela nous arrive, que choisissons-nous d'éprouver? Peut-être y a-t-il plus à apprendre dans ce qui est caché. Que connais-tu vraiment? D'aucuns racontent que l'on peut trouver ce qu'on ne cherche pas sur Ste-Catherine. C'est vrai. C'est là que je t'ai revu. Ces temps-ci l'on ne se voit qu'au détour d'un court moment inattendu.
Je perds la tête à pleine main. Cette douleur m'agrippe à chaque instant que je passe loin. Je suis perdu dans un monde de souffrances où tout paraît beau, propre et rangé. Que manque-t-il sinon toi ? J'ai tant de questions qui sillonnent mon crâne torturé. Les réponses s'envolent dans un lieu espacé du mien. Un lieu de merveilles et de rêves; où tout est simple et qui ne manque jamais de temps pour vivre.
Tes yeux sont difficiles à atteindre. Je te vois sans te voir; je t'observe anonyme. C'est un imbroglio dans lequel nous sommes, enchevêtrés. Nous...que cela veut-il dire; quel mot incongru. Un ensemble de désirs complexes qui s'accordent pour un instant oublié du temps. Il coule mais passons-nous?

C'était du temps de mon enfance.
Aujourd'hui un vieil arbre m'a parlé. Entre ses branches ployées sous le poids du temps, son souffle m'est parvenu malgré les feuilles interludes.
Dans son murmure j'ai reconnu l'écho d'une souffrance centenaire et la confusion d'une nature emmurée. L'espoir d'une caresse solaire s'est depuis longtemps résignée à disparaître sous l'écorce du cynisme. Mille fois a-t-il rêvé à la force régénératrice du torrent purgatoire. Toujours s'est-il affaissé au matin, se courbant de détresse. Au moins peut-il ainsi trouver la folie salutaire, sous le compost du printemps avant les dernières neiges d''hiver.

La nuit s'étouffe.
Le besoin de se plonger dans les mots, de s'y noyer même. Et d'émerger suffisamment pour distinguer l'ampleur du naufrage.
Voilà que l'insensé me remord. Ma vision est voilée de pluie salée. Saleté, tu m'entraînes par le fond. Abyssal, inconnu. Puis alors ? Laisse couler. Il suffira de prétendre à la force du courant, à la rigueur de la vie. Puis alors ? Tout finira. Les accords déferleront de leur multitude et les notes répercuteront un écho solitaire.
Regarde là-bas. Entre les tours de l'urbanité. Il y a un secret qui n'en est pas un. Ces gens vivent et, parfois, se hasardent à s'aimer. Vois. Là. La grande fenêtre givrée. Deux êtres s'enlignent. Ils se partagent. Plus maintenant. L'hiver a caché ce qui restait de leur ardeur.
Je t'apaise, tu m'affrontes.
En diagonale le long d'un couloir interrompu, elle marche d'un pas raisonné. Il le faut bien; l'université abîmée en dédales délabrés. Elle se dirige résolument vers un endroit sans importance, comme tant d'autres lieux. En chemin elle croise des maux et de petits rêves. Comme ceux dans lesquels il a vécu; comme ceux dans lesquels il l'a vu. Toujours si brumeuse. Alors suffit-il de se tendre ou est-ce réservé à la nuit chimérique? Le jour est un lieu de perdition pour les songes.

Vous vous concentrez sur le son de cette voix dans votre esprit.
Elle résonne de partout. Au décompte de trois, vous vous réveillerez.
1...
2...
Ou bien non, tiens. Plutôt le contraire.
Vous vous perdez dans cette voix. Vous glissez et cessez tout contrôle sur vos pensées.
Elles s'imprègnent en tout. Au décompte de trois, vous sombrez.
1...
2...

1 commentaire:

  1. "Voilà que l'insensé me remord."

    La passionnée d'art et de beauté en moi est littéralement tombée en amour.

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