jeudi 29 mars 2012

Grandeur et misère d'une pensée

Tu es ma muse et ma faiblesse. Tu portes en toi la fin de mon monde tandis qu'autour de nous, par nous, le temps semble concilier au bonheur.

J'ouvre une porte à la volée. Geste soudain, inconsidéré. La règle du mouvement m'entraîne presque malgré moi, la raison, dans l'obscur au-delà. Je ne vois rien. Les yeux de mon cœur sont clos. Je heurte un mur. J'ai mal. La douleur est bruyante dans le silence muet de mon âme. Je tâtonne les ténèbres pour trouver la source de cette vie bouillonnante. Puis, je tombe.

Nous nous rencontrons au détour d'un couloir.

Je tombe.

Mes lèvres goûtent les tiennes.

Je hurle.

Nous sommes l'un contre l'autre, liés, biaisés, aimés, nichés dans le creuset du temps, rythmés du sable qui s'écoule.

Je lacère mes chairs.

Nous sommes seuls. Je suis penché vers toi. Tu reposes ta tête sur moi et me souffles ces mots qui cèlent mon destin.

Je saigne.

Tu me souris tendrement. Cet éclat dans tes yeux...

Je meurs, enfin, en éprenant le sol.

Pour renaître dans tes souvenirs.

mardi 27 mars 2012

Et si...il y avait plus à vivre que la misère


«Être gouverné c'est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n'ont ni titre ni la science, ni la vertu... Etre gouverné, c'est être, à chaque opération, à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, apostillé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C'est, sous prétexte d'utilité publique, et au nom de l'intérêt général, être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre résistance, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà sa morale !» Pierre-Jospeh Proudhon, Du principe d'autorité.

Je viens d’avoir 24 ans. Ça me fait peur. Je ne sais pas où elles sont passées, mes vingt-quatre années. La roue tourne et de plus en plus vite. Je me souviens, plus jeune (si jeune!), au secondaire, j’avais le même vertige concernant mon avenir. Qu’allais-je faire de ma vie ? Il y avait même un cours obligatoire pour nous diriger sur le marché (aux bestiaux) du travail, «Éducation choix de carrière» que ça s’appelait. Ce qui était bien avec ce cours, c’est qu’on avait pas besoin de réfléchir (le modèle scolaire idéal, il va sans dire) puisque l’on nous offrait un modèle hyper-scientifique pour déterminer notre orientation professionnelle : le test RIASEC. Vous vous souvenez ? Ce test détermine si vous avez une personnalité réaliste, investigatrice, artistique, sociale, entrepreneuse ou conventionnelle. Je trouvais ça absurde que l’on puisse attribuer une étiquette inamovible à la personnalité de jeunes personnes ayant seize ou dix-sept ans avant même leur entrée au cégep, mais on m’a toujours dit que j’étais marginal alors j’ai fermé ma gueule et j’ai passé le cours (c’est bien ça le but de l’école, non ?). Puis, j’ai commencé à affiner ma vision du monde, à aiguiser ma critique, et une pensée trottinait malicieusement dans mon esprit : et si ce n’était pas ça le but de l’école. Admettons que ça serve à autre chose que d’alimenter les entreprises de chair fraîche et de rendre les cerveaux disponibles à la consommation; disons que le savoir que l’Humanité a accumulé jusqu’ici n’est pas –ne devrait jamais devenir- une marchandise et qu’en prendre connaissance est un droit. Alors on fait quoi ? On fait comme pour tous nos autres droits : on se bat pour le conquérir.

Ces belles années du secondaire m’auront vraiment marqué au fer rouge. Il a fallu que je m’y prenne à deux fois avant de trouver un semblant de paix, la première école que je fréquentai étant un enfer sans nom. J’y étais un «rejet», un mot que je francise pour vos yeux chastes, mais dont la prononciation rimait plutôt avec «abject». Ce qui était pire que les surnoms, que les insultes, que la solitude, c’était l’ostracisation et le mépris. Heureusement, j’ai eu la chance de tomber au cégep -et plus tard à l’université- sur des ami.es irremplaçables et j’ai trouvé dans les associations étudiantes une manne de personnes dévouées, solidaires des autres, bourrées d’empathie, déterminées à changer le monde et bien souvent aussi marginales que moi. Oh! bien sûr il y eût des bas : quelques ruptures ici et là, ces petites choses qui font mal même si l’on est bien entouré; ces moments qui nous donnent l’impression d’être au centre d’une tragédie grecque. Et pourtant c’était si peu comparé à cette impression d’avoir tant vécu, d’avoir pu prendre part à des expériences aussi motivantes que la démocratie directe, la vraie, celle où on peut donner son avis autrement qu’avec une croix sur un bout de papier et où les gens réunis en assemblée modèlent les discussions et les propositions. Oui, je me sentais bien. Mais j’ai vite déchanté quand il a fallu défendre ce que nous avions tous et toutes ensembles décidé en assemblée; quand je me suis heurté au même mépris implacable que j’avais subi plus jeune; quand j’ai entendu les ministres libéraux et de sinistres chroniqueurs me balancer que si j’étais pauvre, c’est parce que je dépensais tout mon argent en bière, que je chialais le ventre plein, que mon opinion était irréfléchie ou simplement basée sur des impulsions égoïstes. Dire que l’on est une minorité toujours insatisfaite qu’il ne vaut pas la peine d’écouter, c’est aussi ça de l’ostracisation, madame la Ministre. C’est intimidant. On aurait pu considérer cela ironique venant de quelqu’un qui promet de mettre fin à l’intimidation dans les écoles si nous n’avions vu ses policiers charger, matraquer, gazer, tabasser, séquestrer et blesser parfois grièvement les étudiants et étudiantes dans la rue. Mais ça, à la longue, on s’y attend. Le pire, je crois, ce sont les «conseils» que nous prodiguent d’autres chroniqueurs, qui accessoirement se disent de gauche, comme si ça pouvait tout excuser, comme si on avait besoin de leurs satisfecits. Parce qu’il arrive aussi que ces chroniqueurs embarquent à leur tour sur la glace pour me dire que j’exige l’impossible, souvent sans même écouter ce que j’avais à dire.

Lorsque j’entends le gouvernement et certains éditorialistes me répéter ad nauseam que la hausse des frais de scolarité c’est pour mon bien, j’ai l’étrange impression d’être devant des médecins du moyen-âge s’apprettant à me faire une saignée.

Et il y a ces cas absurdes, modernes :

«Tu ne sentiras rien, dit untel, sortant du placard une seringue de 1625 millimètres de long.

- Allons, allons : si tu es pauvre on va te transfuser tout le sang que tu auras perdu», m’assure un autre.

On aura beau agiter une sucette devant mes yeux, j’entends très bien les cris horribles provenant des autres salles. Je vois des flaques rouges s’épandre sous les portes closes. Aujourd’hui, la jeunesse fait corps : s’attaquer à l’un c’est nous affronter tous.

vendredi 23 mars 2012

La Rhinocérite


 Cet article a été publié dans le numéro du mois d'avril du journal Le Couac.

*La vocation de ce texte n’est point du tout de diffuser une caricature stéréotypée basée sur l’apparence, le style ou les habitudes de vie. Il s’agit plutôt d’une dénonciation sous forme de satire de comportements brutaux inexcusables qui mettent à mal la fragile unité que nous –et d’autres avant nous- avons su édifier sur le principe de diversité des tactiques.*

Inventée par Eugène Ionesco, la «rhinocérite» désigne une pathologie qui transforme progressivement la personne atteinte vers un état proche du rhinocéros(1), cette «bête immonde». De la même souche que le syndrome du larbin, la rhinocérite, plus pugnace, est à la fois un trouble psychologique et une maladie dégénérative qui évolue en se propageant plus ou moins rapidement dans l’organisme du porteur, touchant progressivement l’épine dorsale, le cerveau, puis le coeur. Dans les cas les plus fréquents, nous remarquerons par ailleurs une perte de l’usage du grammaire et des fonctions cognitives telle que la mémoire de l’orthographe. La rhinocérite se décline en trois stades distincts qui possèdent chacun leurs propres symptômes : le pacifiste dogmatique, le hippie-fasciste et le réactionnaire-rhinocéros
Le pacifiste dogmatique
Bien qu’en apparence au stade le plus inoffensif, le pacifiste dogmatique est caractérisé par être sujet, lorsqu’en groupe, à des crises de paranoïa sévère lors desquelles il se croit être victime d’«infiltration» d’éléments «violents» - souvent perçus comme «extérieurs» à son petit groupe d’ami.es - qui conspirent pour «nuire à [son] image». Les réactions à ce délire typique peuvent varier, mais le pacifiste dogmatique étant extrêmement contagieux, il arrive bien souvent qu’il contamine assez d’individus autours de lui pour s’attaquer psychologiquement aux souffre-douleurs de sa psychose aux moyens du harcèlement, de l’intimidation, de l’ostracisation et de la marginalisation. Si l’effet n’est pas nécessairement immédiat, il peut toutefois perdurer tant qu’un stimulus extérieur attisera les symptômes, le plus commun étant un mouvement généralisé de protestation sociale – le pacifiste dogmatique tirant sa force de sa capacité de contagion. Le symptôme le plus courant et le plus facile à détecter est une altérité schizophrénique du sujet vers une figure mythifiée et idéalisée de Gandhi.
Le hippie-fasciste
L’appellation «hippie-fasciste», popularisée par un collectif (mise en) demeuré d’académiciens-troubadours réputés de Montréal, a été découverte tout à fait par hasard lors d’une thérapie de groupe au cégep du Vieux-Montréal il y a de cela quelques années. Suite à une transformation sémique, ce terme réfère désormais au deuxième stade de la rhinocérite, notoirement plus agressif que le premier. Possédant tous les attributs du pacifiste dogmatique, ceux-ci sont toutefois nettement exacerbés chez le hippie-fasciste, qui a ceci de particulier qu’il est prêt à user instinctivement de violence physique pour imposer sa conception de la «non-violence» - qui se limite bien souvent à un vague absolu tautologique. Cette association entre «hippie» et «fasciste» aurait pu constituer un oxymore si celui ou celle qu’elle désigne n’était déjà dans un paradoxe de non-violence violente. Le hippie-fasciste, tout comme le pacifiste dogmatique, aime beaucoup lire les médias de masse, vecteurs de propagation de la maladie. Il est particulièrement friand de l’approbation des journalistes et les tient en adoration, soulignant ainsi une dépendance affective qui se traduit également dans un soucis fétichiste de l’image. Pour le hippie-fasciste, il n’y a pas non plus contradiction dans l’idée que des conglomérats médiatiques privés rapportent ce qu’ils présentent être l’opinion publique.
Le réactionnaire-rhinocéros
Le réactionnaire-rhinocéros, si commun que nous en avons tous et toutes au moins un dans notre famille, est un cas à part dans les porteurs et porteuses de la rhinocérite. En effet, de manière générale, celui-ci n’a pas vécu les deux premiers stades de la maladie. Ayant sans doute été exposé à une souche plus virulante dans sa jeunesse, le réactionnaire-rhinocéros est l’aboutissement logique de la maladie. Si le pacifiste dogmatique et le hippie-fasciste ont une vision étroite et sectaire des mouvements sociaux, le réactionnaire-rhinocéros, lui, leur est intrinsèquement hostile. On reconnait bien facilement le réactionnaire-rhinocéros à la structure osseuse prépondérante qui lui transperce le cerveau et dont il porte fièrement la pointe effilée dressée sur le front. Cette corne lui permet en outre d’intercepter les ondes radiophoniques, relayées dans son cerveau par résonnance. Ce processus le porte à croire que le braillage qu’il entend constamment est en fait ses idées. L’on retrouve une concentration importante de réactionnaires-rhinocéros dans la police et dans l’armée, plusieurs recherches tendent en effet à démontrer qu’avec un lien affectif aussi étroit entre le réactionnaire-rhinocéros et sa corne, les fusils en seraient tout naturellement l’extension dans sa psyché.
Conclusion
Dans tous les cas, le comité anarco-médical nous rappelle qu’une hygiène critique régulière ainsi que le port du masque sont fortement recommandés afin de réduire les risques de contamination inhérents à la promiscuité des sujets, par exemple dans une manifestation. N’oubliez jamais que les plus hargneux des réactionnaires-rhinocéros sont armés et feront tout pour vous blesser et/ou vous séquestrer. Formant une caste prisée et protégée par la classe dominante –magistrature, patronat, politicien.nes et hauts fonctionnaires-, la police, corps des réactionnaires-rhinocéros, doit être considérée en tout temps comme extrêmement dangereuse. Sachez la combattre comme telle. Si vous vous reconnaissez quelques uns des symptômes énumérés ci-haut, il est important d’éviter le contact physique avec les personnes saines auxquelles vous pourriez faire subir les conséquences malheureuses et potentiellement mortelles de la rhinocérite. Au contraire de certaines maladies vénériennes, il est possible de se guérir, ou à tout le moins dans les deux premiers stades de la maladie. N’attendez pas qu’il soit trop tard, la rhinocérite peut être fulgurante.


(1)L’animal et non la bestiole électorale québécoise.

dimanche 18 mars 2012

«Bas les masques!» La rapine et l'anoyme


*Une version légèrement remaniée de ce texte a été publiée dans l'édition du mois de mars 2012 du journal Le Couac

Vous avez peut-être entendu parler du projet de loi C-309 déposé dernièrement par une raclure de fond de parlement (1). Dégoulinant de sauce sécuritaire, il prévoit criminaliser le fait de cacher son identité, que ce soit à l'aide d'un masque ou de tout autre moyen. C'est tout simplement un autre joujou légal offert aux masses policières opprimées pour qu'elles puissent s'amuser lors des fastidieuses arrestations de masse et éreintants kidnappings ciblés; bébelle judiciaire dangereuse par ailleurs en ce qu'elle creusera davantage encore le clivage opiniâtre entre «bons» et «méchants» manifestant.es, sans parler de la triste manie des Naomi Klein et compagnie de voir dans la tactique du Black Bloc un complot reptilien (à ne pas confondre toutefois avec les hommes-crabes). Je vous offre en exclusivité de jeter un rapide coup d'œil sous ces masques qui effraient tant les bonnes gens à cravate et à matraque.

Je rencontre les terroristes domestiques dans un café étudiant du centre-ville de Montréal. Ils sont paisiblement en train de boire du café bio-équitable-de-destruction-massive et du yerba matté sûrement illicite et importé de quelque pays barbare limitrophe du Monde libre.

Moi : Alors, qu'est-ce que vous utilisez pour vous masquer, et comment êtes-vous devenus des pouilleux ?

Le terroriste : Je suis plutôt du genre cagoule. Comme celle que portent les bandits dans les films policiers, ou les bergers dans les montagnes de Haute-Savoie. Elle me protège du froid en hiver et des flics en été. Étonnamment, ils ne m'aiment pas trop, les flics. Ils me pointent quand je passe devant eux à la manif du 15 mars. Alors je leur montre un autre doigt. Moi non plus je ne les aime pas. Un jour, un de mes amis participait à une occupation de son université. Les flics sont finalement entrés et l'ont attiré dans un coin pour le tabasser. C'était un gars sans histoire, même pas anticapitaliste; un nouveau dans le coin qui voulait voir de quoi ça avait l'air, une occup'. Il votait même QS, le gars. C'est pour dire ! Naïf comme tout. Tellement naïf, en fait, qu'il a porté ça à la déontologie. Il s'est fait répondre qu'il manquait de preuves pour appuyer sa plainte. Il est même allé voir l'administration pour qu'elle lui donne les vidéos des caméras de surveillance, évidemment en vain. Nous, on avait même pas le cœur à rire de lui tellement il croyait que ça allait fonctionner. Le plus triste là-dedans c'est qu'aujourd'hui il a trop peur pour venir avec moi à la manif. Il suit encore une thérapie, je crois. C'est pour lui et d'autres gens comme lui que je suis là et que je fais ce que je fais.

Le criminel : Perso, je porte un t-shirt enroulé autours de ma tête. C'est pas luxueux, mais c'est pratique. Il est noir, comme d'ailleurs tout ce que je porte. Même en dessous, c'est noir. Ça tombe bien : j'suis anar. Je me fais chier avec ces sales racistes du SPVM tout au long de l'année, mais aujourd'hui je leur retourne la politesse. Aujourd'hui, on fait bloc. Tu piges ? Je sais bien qu'ils sont paddés, les criss. Mais peut-être qu'avec un coup bien placé...Et puis, on dira ce qu'on voudra, faut bien avouer que ça défoule. Il y a deux jours, un clochard s'est fait tuer par ces porcs. On a tout de suite fait imprimer des tracts qu'on a distribués dans la rue. Je m'occupais d'un segment de Ste-Catherine. C'est l'été et la ville l'a ouverte aux piétons. Hier, les porcs se sont mis à me suivre et à me filmer. Malheureusement, j'étais à visage découvert pour aborder les gens. C'est différent ce soir. On va leur montrer que l'impunité que les bourges accordent aux flics, elle est précaire et que nous, jamais nous ne pardonnerons.

Le voyou : Moi, j'ai un keffieh monté sur le nez. Il est blanc et rouge. Je me le suis procuré à l'UQAM, à la table du comité de solidarité avec la Palestine. Ils m'ont dit que cet argent allait aider à construire des écoles là-bas. Ça fait changement parce qu'ici mes taxes servent à construire des prisons. Je suis contre le régime d'apartheid israélien et l'impérialisme occidental. Le «choc des civilisations», comme ils l'appellent, qui d'ailleurs «ne se valent pas» toutes, a ajouté le Ministre français de l'intérieur (2). Ça me dégoûte. Alors je sors à des manifestations et je brandis un drapeau rouge. Je me prépare pour le 1er Mai, la journée des prolos. Avant, on défilait avec les syndicats mais c'est devenu dangereux. Entre l'anti-émeute et le service d'ordre, on savait plus où donner de la tête. Surtout qu'elle en recevait, des coups, cette tête. Une année, je me souviens, j'ai parlé de solidarité avec un dude de la FTQ. Je l'ai vu dans ce service d'ordre, plus tard, en train de livrer une manifestante aux policiers. J'en ai tiré une leçon : faut se méfier des flics, même ceux qui n'ont pas le badge.

Moi : Merci d'avoir accepté de me rencontrer. Bonne chance en prison, avec tous ces dangereux écolos.



(1) Plus spécifiquement Blake Richards, de l'espèce des conservateurs albertains dont on est particulièrement friands.

(2) «Contrairement à ce que dit l'idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas.» Propos du ministre (UMP) Claude Guéant tenus le samedi 4 février dernier.

samedi 10 mars 2012

G20...et après ? Du nouveau d'Ontario


Depuis quelques semaines, le milieu radical ontarien est secoué par un épisode judiciaire patriculièrement tordu dans la saga que l'on commence à trop bien connaître.
Afin de vous faire découvrir un peu à quoi ça ressemble de l'autre côté de la rivière -et, qui sait, d'un coup que l'enseignement tiré de tout ça nous serve ici pour un prochain Sommet des Crosseurs- j'ai décidé de publier sur ce blogue la traduction d'un billet (que voici) écrit par la Anarchist Black Cross de Guelph.
En gros, c'est l'histoire d'un compagnon qui dénonce une compagne pour la police, sous la bénédiction des deux avocats, et le débat que cela provoque chez les militant.es de la ABC à Guelph. L'organisation, comme vous allez le lire, en tire de précieuses leçons.
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***Depuis que la ABC de Guelph a publié ‘’In the Face of the Courts’’, nous avons réfléchi à nos décisions et réalisé qu’il aurait fallu y penser davantage avant de retirer tout soutien à Girr. Nous avons écrit ce communiqué afin de partager cette histoire comme une expérience de laquelle nous pouvons tirer des leçons. Les erreurs faites en Cour représentent une zone grise, et les gens de ABC Guelph ne partagent pas tous et toutes le même point de vue sur comment amener un soutien dans une telle situation. Compte tenu que nous ne pouvons cautionner les actions prises en Cour, ce n’est pas tout le monde parmi nous qui sommes confortables quant à l’idée de lui donner de l’argent provenant du fonds de défense du G20. Toutefois, nous sommes d’accord que Girr mérite un soutien. Bien que nous ne collecterons pas d’argent pour lui, son adresse postale en prison et des informations concernant les donations seront publiées sur le blogue de même que sa déclaration sur les événements. Nous laisserons savoir les gens à propos de tout événement organisé pour lui. Vous pouvez d’ailleurs connaître les efforts de collecte de fonds pour Girr ici. Ce qui suit est version légèrement éditée du communiqué publié originellement sur notre blogue afin de présenter notre position actuelle. ***

Ce communiqué est pour ceux et celles qui s’identifient à la lutte et qui comprennent les dangers de jouer selon les règles de l’État. Un ami de plusieurs – Girr Rowley—a fait un mauvais choix dans le cadre de son procès, et c’est avec tristesse que nous diffusons cette histoire et ce qu’elle signifie pour nous.

Girr a été identifié en novembre 2010 comme ayant fracassé une fenêtre dans le centre-ville de Toronto durant les manifestations anti-G20 qui ont eu lieu là-bas. Il a été accusé de mise en danger du public, être masqué avec intentions criminelles, et méfait en dessous de 5000$. Après plus d’une année de processus judiciaire, Girr a plaidé coupable sur toutes les charges.

Pendant l’audience sur la sentence, le 27 janvier 2012, il a été demandé à la défense (Girr) d’accepter à une Déclaration des Faits*. Dans cette demande, Girr a été associé en photos avec d’autres manifestantEs. CertainEs étaient masquéEs, d’autres non. La Couronne a spéculé sur l’identité de l’un des manifestantEs et a demandé à la défense de confirmer son identité. Girr a bien fait savoir que s’il acceptait de procéder à une Déclaration des Faits, cela devrait être avec le consentement des personnes impliquées. L’avocat de Girr, Davin Charney, a assuré Girr qu’il n’y aurait aucune répercussion légale si ce dernier confirmait l’identité des autres personnes. Quant à Charney, son passé d’avocat radical et de membre de la communauté donnait à Girr toutes les raisons de le croire. Une semaine plus tard, Girr était condamné à neuf mois de prison.

Que les actions de Girr aient ou non un impact légal sur les autres personnes, il les a effectivement identifié sur des photos sans leur consentement directe. C’est un degré de coopération avec l’État que nous, en tant qu’organisation, ne pouvons supporter.

Bien des erreurs ont été faites. À la fois Charney et d’autres avocats de la défense ont pensé qu’il était approprié de faire de telles décisions au nom des accuséEs sans même les consulter. Cette «déclaration des faits» n’aurait pas dû se faire sans un combat. Girr a fait une erreur en identifiant quelqu’un d’autre sans son consentement directe.

Nous reconnaissons cette situation pour ce qu’elle est et ce qu’elle n’est pas. Notre communauté est encore en train de récupérer d’une opération d’infiltration policière de deux ans, et du dévoilement d’informateurs payés sur une longue période. Il est clair que la coopération de Girr n’est aucunement du même niveau que ces informateurs. La coopération n’est pas blanche ou noire. C’est un spectre, et plusieurs personnes tombent dans la zone grose de la coopération en Cour sans en avoir le désir. Girr n’a pas tiré bénéfice –ou pensé qu’il aurait pu—à donner ces informations à la Cour. Rien de cela n’excuse ses actions, mais nous donne plutôt les motivations pour résister à ces manipulations dans le futur.

Ce n’est pas à première fois qu’un accusé du G20 soit tombé dans de telles zones grises.

La Cour sert à rendre les gens impuissantEs et les rendre dépendant de la magistrature et des avocatEs. Il n’y a pas d’«auto-représentation» dans la loi canadienne; il n’y a que la représentation et la non-représentation. Les avocatEs sont forméEs à réduire la durée de la peine de leurs clients. Ils et elles ne sont pas forméEs à affirmer leurs positions morales, ou à prendre en compte les besoins des co-accuséEs et autres personnes. L’erreur de Girr nous démontre que quand nous ne sommes pas solidement préparés à faire face à la Cour, ou même à faire face à nos propres avocatEs, nos principes risquent d’être compromis. Il est essentiel que nous apprenions à être stoïques devant la Cour, être vigilantEs devant les manoeuvres des avocatEs, et être sûrEs de toujours garder nos principes à coeur.

Parfois les suppositions sont faites selon ce que constitue la coopération avec l’État, et ce qu’il est approprié d’avoir comme réaction à cela. Nous encourageons les gens à inerpréter les faits avec attention, et à reconnaître que Girr purge actuellement une peine de prison. Gardez en tête que Girr subit la prison en ce moment même et avoir des mots chargés pourrait mettre en danger sa sécurité.

Compte tenu de cette interprétation des événements qui ont mené Girr à coopérer, nous encourageons les individus à décider par soi-même d’offrir ou non un soutien pendant l’incarcération de Girr. Plusieurs camarades ici vont continuer à le soutenir. Il est de notre responsabilité d’apprendre ensemble comment résister aux compromissions de nos principes pendant le processus judiciaire. Nous ne laissons pas mener à une embuscade que nous n’aurons pas vu venir.

Solidarité, en lutte imperturbable,

ABC Guelph

*La Déclaration des Faits : chaque plaidoyer de culpabilité inclut une Déclaration des Faits. Cela inclut toutes les preuves qu’il a été amené à l’encontre de la défense. Elle doit être acceptée à la fois par la Couronne et la défense, et est souvent controversée.


Le blogue de la Anarchist Black Cross --section Guelph : http://guelphabc.noblogs.org/