samedi 10 mars 2012

G20...et après ? Du nouveau d'Ontario


Depuis quelques semaines, le milieu radical ontarien est secoué par un épisode judiciaire patriculièrement tordu dans la saga que l'on commence à trop bien connaître.
Afin de vous faire découvrir un peu à quoi ça ressemble de l'autre côté de la rivière -et, qui sait, d'un coup que l'enseignement tiré de tout ça nous serve ici pour un prochain Sommet des Crosseurs- j'ai décidé de publier sur ce blogue la traduction d'un billet (que voici) écrit par la Anarchist Black Cross de Guelph.
En gros, c'est l'histoire d'un compagnon qui dénonce une compagne pour la police, sous la bénédiction des deux avocats, et le débat que cela provoque chez les militant.es de la ABC à Guelph. L'organisation, comme vous allez le lire, en tire de précieuses leçons.
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***Depuis que la ABC de Guelph a publié ‘’In the Face of the Courts’’, nous avons réfléchi à nos décisions et réalisé qu’il aurait fallu y penser davantage avant de retirer tout soutien à Girr. Nous avons écrit ce communiqué afin de partager cette histoire comme une expérience de laquelle nous pouvons tirer des leçons. Les erreurs faites en Cour représentent une zone grise, et les gens de ABC Guelph ne partagent pas tous et toutes le même point de vue sur comment amener un soutien dans une telle situation. Compte tenu que nous ne pouvons cautionner les actions prises en Cour, ce n’est pas tout le monde parmi nous qui sommes confortables quant à l’idée de lui donner de l’argent provenant du fonds de défense du G20. Toutefois, nous sommes d’accord que Girr mérite un soutien. Bien que nous ne collecterons pas d’argent pour lui, son adresse postale en prison et des informations concernant les donations seront publiées sur le blogue de même que sa déclaration sur les événements. Nous laisserons savoir les gens à propos de tout événement organisé pour lui. Vous pouvez d’ailleurs connaître les efforts de collecte de fonds pour Girr ici. Ce qui suit est version légèrement éditée du communiqué publié originellement sur notre blogue afin de présenter notre position actuelle. ***

Ce communiqué est pour ceux et celles qui s’identifient à la lutte et qui comprennent les dangers de jouer selon les règles de l’État. Un ami de plusieurs – Girr Rowley—a fait un mauvais choix dans le cadre de son procès, et c’est avec tristesse que nous diffusons cette histoire et ce qu’elle signifie pour nous.

Girr a été identifié en novembre 2010 comme ayant fracassé une fenêtre dans le centre-ville de Toronto durant les manifestations anti-G20 qui ont eu lieu là-bas. Il a été accusé de mise en danger du public, être masqué avec intentions criminelles, et méfait en dessous de 5000$. Après plus d’une année de processus judiciaire, Girr a plaidé coupable sur toutes les charges.

Pendant l’audience sur la sentence, le 27 janvier 2012, il a été demandé à la défense (Girr) d’accepter à une Déclaration des Faits*. Dans cette demande, Girr a été associé en photos avec d’autres manifestantEs. CertainEs étaient masquéEs, d’autres non. La Couronne a spéculé sur l’identité de l’un des manifestantEs et a demandé à la défense de confirmer son identité. Girr a bien fait savoir que s’il acceptait de procéder à une Déclaration des Faits, cela devrait être avec le consentement des personnes impliquées. L’avocat de Girr, Davin Charney, a assuré Girr qu’il n’y aurait aucune répercussion légale si ce dernier confirmait l’identité des autres personnes. Quant à Charney, son passé d’avocat radical et de membre de la communauté donnait à Girr toutes les raisons de le croire. Une semaine plus tard, Girr était condamné à neuf mois de prison.

Que les actions de Girr aient ou non un impact légal sur les autres personnes, il les a effectivement identifié sur des photos sans leur consentement directe. C’est un degré de coopération avec l’État que nous, en tant qu’organisation, ne pouvons supporter.

Bien des erreurs ont été faites. À la fois Charney et d’autres avocats de la défense ont pensé qu’il était approprié de faire de telles décisions au nom des accuséEs sans même les consulter. Cette «déclaration des faits» n’aurait pas dû se faire sans un combat. Girr a fait une erreur en identifiant quelqu’un d’autre sans son consentement directe.

Nous reconnaissons cette situation pour ce qu’elle est et ce qu’elle n’est pas. Notre communauté est encore en train de récupérer d’une opération d’infiltration policière de deux ans, et du dévoilement d’informateurs payés sur une longue période. Il est clair que la coopération de Girr n’est aucunement du même niveau que ces informateurs. La coopération n’est pas blanche ou noire. C’est un spectre, et plusieurs personnes tombent dans la zone grose de la coopération en Cour sans en avoir le désir. Girr n’a pas tiré bénéfice –ou pensé qu’il aurait pu—à donner ces informations à la Cour. Rien de cela n’excuse ses actions, mais nous donne plutôt les motivations pour résister à ces manipulations dans le futur.

Ce n’est pas à première fois qu’un accusé du G20 soit tombé dans de telles zones grises.

La Cour sert à rendre les gens impuissantEs et les rendre dépendant de la magistrature et des avocatEs. Il n’y a pas d’«auto-représentation» dans la loi canadienne; il n’y a que la représentation et la non-représentation. Les avocatEs sont forméEs à réduire la durée de la peine de leurs clients. Ils et elles ne sont pas forméEs à affirmer leurs positions morales, ou à prendre en compte les besoins des co-accuséEs et autres personnes. L’erreur de Girr nous démontre que quand nous ne sommes pas solidement préparés à faire face à la Cour, ou même à faire face à nos propres avocatEs, nos principes risquent d’être compromis. Il est essentiel que nous apprenions à être stoïques devant la Cour, être vigilantEs devant les manoeuvres des avocatEs, et être sûrEs de toujours garder nos principes à coeur.

Parfois les suppositions sont faites selon ce que constitue la coopération avec l’État, et ce qu’il est approprié d’avoir comme réaction à cela. Nous encourageons les gens à inerpréter les faits avec attention, et à reconnaître que Girr purge actuellement une peine de prison. Gardez en tête que Girr subit la prison en ce moment même et avoir des mots chargés pourrait mettre en danger sa sécurité.

Compte tenu de cette interprétation des événements qui ont mené Girr à coopérer, nous encourageons les individus à décider par soi-même d’offrir ou non un soutien pendant l’incarcération de Girr. Plusieurs camarades ici vont continuer à le soutenir. Il est de notre responsabilité d’apprendre ensemble comment résister aux compromissions de nos principes pendant le processus judiciaire. Nous ne laissons pas mener à une embuscade que nous n’aurons pas vu venir.

Solidarité, en lutte imperturbable,

ABC Guelph

*La Déclaration des Faits : chaque plaidoyer de culpabilité inclut une Déclaration des Faits. Cela inclut toutes les preuves qu’il a été amené à l’encontre de la défense. Elle doit être acceptée à la fois par la Couronne et la défense, et est souvent controversée.


Le blogue de la Anarchist Black Cross --section Guelph : http://guelphabc.noblogs.org/

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