vendredi 23 mars 2012

La Rhinocérite


 Cet article a été publié dans le numéro du mois d'avril du journal Le Couac.

*La vocation de ce texte n’est point du tout de diffuser une caricature stéréotypée basée sur l’apparence, le style ou les habitudes de vie. Il s’agit plutôt d’une dénonciation sous forme de satire de comportements brutaux inexcusables qui mettent à mal la fragile unité que nous –et d’autres avant nous- avons su édifier sur le principe de diversité des tactiques.*

Inventée par Eugène Ionesco, la «rhinocérite» désigne une pathologie qui transforme progressivement la personne atteinte vers un état proche du rhinocéros(1), cette «bête immonde». De la même souche que le syndrome du larbin, la rhinocérite, plus pugnace, est à la fois un trouble psychologique et une maladie dégénérative qui évolue en se propageant plus ou moins rapidement dans l’organisme du porteur, touchant progressivement l’épine dorsale, le cerveau, puis le coeur. Dans les cas les plus fréquents, nous remarquerons par ailleurs une perte de l’usage du grammaire et des fonctions cognitives telle que la mémoire de l’orthographe. La rhinocérite se décline en trois stades distincts qui possèdent chacun leurs propres symptômes : le pacifiste dogmatique, le hippie-fasciste et le réactionnaire-rhinocéros
Le pacifiste dogmatique
Bien qu’en apparence au stade le plus inoffensif, le pacifiste dogmatique est caractérisé par être sujet, lorsqu’en groupe, à des crises de paranoïa sévère lors desquelles il se croit être victime d’«infiltration» d’éléments «violents» - souvent perçus comme «extérieurs» à son petit groupe d’ami.es - qui conspirent pour «nuire à [son] image». Les réactions à ce délire typique peuvent varier, mais le pacifiste dogmatique étant extrêmement contagieux, il arrive bien souvent qu’il contamine assez d’individus autours de lui pour s’attaquer psychologiquement aux souffre-douleurs de sa psychose aux moyens du harcèlement, de l’intimidation, de l’ostracisation et de la marginalisation. Si l’effet n’est pas nécessairement immédiat, il peut toutefois perdurer tant qu’un stimulus extérieur attisera les symptômes, le plus commun étant un mouvement généralisé de protestation sociale – le pacifiste dogmatique tirant sa force de sa capacité de contagion. Le symptôme le plus courant et le plus facile à détecter est une altérité schizophrénique du sujet vers une figure mythifiée et idéalisée de Gandhi.
Le hippie-fasciste
L’appellation «hippie-fasciste», popularisée par un collectif (mise en) demeuré d’académiciens-troubadours réputés de Montréal, a été découverte tout à fait par hasard lors d’une thérapie de groupe au cégep du Vieux-Montréal il y a de cela quelques années. Suite à une transformation sémique, ce terme réfère désormais au deuxième stade de la rhinocérite, notoirement plus agressif que le premier. Possédant tous les attributs du pacifiste dogmatique, ceux-ci sont toutefois nettement exacerbés chez le hippie-fasciste, qui a ceci de particulier qu’il est prêt à user instinctivement de violence physique pour imposer sa conception de la «non-violence» - qui se limite bien souvent à un vague absolu tautologique. Cette association entre «hippie» et «fasciste» aurait pu constituer un oxymore si celui ou celle qu’elle désigne n’était déjà dans un paradoxe de non-violence violente. Le hippie-fasciste, tout comme le pacifiste dogmatique, aime beaucoup lire les médias de masse, vecteurs de propagation de la maladie. Il est particulièrement friand de l’approbation des journalistes et les tient en adoration, soulignant ainsi une dépendance affective qui se traduit également dans un soucis fétichiste de l’image. Pour le hippie-fasciste, il n’y a pas non plus contradiction dans l’idée que des conglomérats médiatiques privés rapportent ce qu’ils présentent être l’opinion publique.
Le réactionnaire-rhinocéros
Le réactionnaire-rhinocéros, si commun que nous en avons tous et toutes au moins un dans notre famille, est un cas à part dans les porteurs et porteuses de la rhinocérite. En effet, de manière générale, celui-ci n’a pas vécu les deux premiers stades de la maladie. Ayant sans doute été exposé à une souche plus virulante dans sa jeunesse, le réactionnaire-rhinocéros est l’aboutissement logique de la maladie. Si le pacifiste dogmatique et le hippie-fasciste ont une vision étroite et sectaire des mouvements sociaux, le réactionnaire-rhinocéros, lui, leur est intrinsèquement hostile. On reconnait bien facilement le réactionnaire-rhinocéros à la structure osseuse prépondérante qui lui transperce le cerveau et dont il porte fièrement la pointe effilée dressée sur le front. Cette corne lui permet en outre d’intercepter les ondes radiophoniques, relayées dans son cerveau par résonnance. Ce processus le porte à croire que le braillage qu’il entend constamment est en fait ses idées. L’on retrouve une concentration importante de réactionnaires-rhinocéros dans la police et dans l’armée, plusieurs recherches tendent en effet à démontrer qu’avec un lien affectif aussi étroit entre le réactionnaire-rhinocéros et sa corne, les fusils en seraient tout naturellement l’extension dans sa psyché.
Conclusion
Dans tous les cas, le comité anarco-médical nous rappelle qu’une hygiène critique régulière ainsi que le port du masque sont fortement recommandés afin de réduire les risques de contamination inhérents à la promiscuité des sujets, par exemple dans une manifestation. N’oubliez jamais que les plus hargneux des réactionnaires-rhinocéros sont armés et feront tout pour vous blesser et/ou vous séquestrer. Formant une caste prisée et protégée par la classe dominante –magistrature, patronat, politicien.nes et hauts fonctionnaires-, la police, corps des réactionnaires-rhinocéros, doit être considérée en tout temps comme extrêmement dangereuse. Sachez la combattre comme telle. Si vous vous reconnaissez quelques uns des symptômes énumérés ci-haut, il est important d’éviter le contact physique avec les personnes saines auxquelles vous pourriez faire subir les conséquences malheureuses et potentiellement mortelles de la rhinocérite. Au contraire de certaines maladies vénériennes, il est possible de se guérir, ou à tout le moins dans les deux premiers stades de la maladie. N’attendez pas qu’il soit trop tard, la rhinocérite peut être fulgurante.


(1)L’animal et non la bestiole électorale québécoise.

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