lundi 9 avril 2012

«Front commun» et salive


Aujourd'hui je fais quelque chose d'inhabituel. Après avoir pris connaissance de ce texte anonyme sur un site ayant trait à la présente grève étudiante et largement diffusé sur le site honnis de facebook, j'ai décidé de publier ma réponse sur mon blog avec le fol espoir d'avoir des lecteurs et lectrices et d'ainsi dépasser le stade strictement facebook du débat.

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J'ai l'impression que l'auteur manque cruellement de connaissances du mouvement étudiant ou d'expérience dans celui-ci. Il (elle ?) aurait tout avantage à expliquer par quel brio intellectuel il est parvenu à étendre la notion de corporatisme au respect des mandats d'assemblée générale en congrès. Instance décisionnelle qui ne semble pas être très importante pour l'auteur, tant il préférerait que Nadeau-Dubois soit proclamé imperator, lui qui est capable de s'élever au-dessus de nos tristes «égos» pour faire des choix exceptionnels et poser des gestes infiniment plus grands que la somme de nos délégué.es. En outre, cette fascination pour les «leaders» (la CLASSE, les execs, le porte-parole) est inquiétante et tout à fait incongrue dans la tradition de démocratie directe à l’ASSÉ et, par extension, à la CLASSE. Les exécutant.es des associations sont mandaté.es par leurs assemblées générales et révocables par celles-ci en tout temps. Ce sont avec ces mandats en main que les délégué.es votent ou s'abstiennent lors des congrès, et à leur tour procèdent à des élections sur des postes nationaux, par exemple le porte-parole, qui ne fait que représenter le congrès, de la même façon qu'au local : il n'est qu'un exécutant national du congrès. (Comme tous comme les comités et l'autre porte-parole que l'on oublie trop souvent.)

C'est exactement le genre d'article sur lesquels je me sens en droit de cracher, non pas parce que son auteur ne «pense pas de la bonne façon», mais parce qu’il ce texte est le reflet de son ignorance. L’on pourrait croire que l’auteur se donnerait la peine de faire quelques recherches sur le fonctionnement de la CLASSE (lui qui, dit-il, en est membre) et l’histoire du mouvement étudiant qui, tout comme les fédérations étudiantes, ne débutent pas en 2005. Cela lui permettrait peut-être de remettre en contexte les «petits enjeux corporatistes» et les «politicailleries» sont en fait des divergences majeures quant à la conception politique de la lutte et du syndicalisme étudiant : la différence toute fondamentale entre syndicalisme de combat et concertationnisme ou «lobbyisme». De nombreux textes à ce sujet sont disponibles sur le site de l’ASSÉ ou de quelques associations membres, de même que quelques ouvrages faciles à trouver :

Pierre Bélanger, Le mouvement étudiant québécois : son passé, ses revendications et ses luttes, Montréal, ANEQ, 1984

Benoit Lacoursière, Le Mouvement étudiant au Québec de 1983 à 2006 Montréal, Sabotart Éd., coll. « Mémoire & Luttes », 2007

Jean-Marc Piotte, Le syndicalisme de combat, Montréal, Albert Saint-Martin, 1977 et Du combat au partenariat. Interventions critiques sur le syndicalisme québécois, Québec, Nota Bene, 1998.

...et d'autres encore.

C’est bien beau de faire un coup de gueule, mais quand celle-ci est édentée ça perd un peu de sa pertinence.


* Ayant moi-même été affiché quand les flics m'ont kidnappé en échange d'une rançon, et bien que ma situation ne soit pas comparable à l'épiphénomène auquel on assiste avec Gabriel Nadeau-Dubois, je ne veux pas lui lancer l'accusation d'entretenir un culte de la personnalité. Je suis sûr qu'il n'a rien à voir avec tout ce bardas. Cela dit...avouez que c'était prévisible.

3 commentaires:

  1. Je sais pas qui est la personne qui tient le blogue grève 2012 et au nom de qui elle le fait mais elle se paie là une méchant power trip.

    Je suis d'accord avec toi, et ça fait longtemps que je me retiens de le dire. Il faut arrêter de traiter les porte-paroles des syndicats/fédés comme des "leaders". Ça m'énerve profondément et plus le temps avance, plus mon malaise est grand vis-à-vis cette situation.

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  2. Le pire c'est que je n'ai rien contre Gabriel, que je connais à peine : c'est la dénaturation complaisante de sa fonction qui m'énerve. Cet article en est un exemple parmi d'autres.
    Et là on se retrouve dans une position où l'on tient le mauvais rôle en tentant de contrer les effets pervers d'une sur-exposition médiatique de notre porte-parole...même quand on en a deux ! Et puisqu'il semble que nous ne puissions exister qu'en hiérarchie, tout le mouvement se fait subrogé par des «leaders» et, plutôt que de contrer ce phénomène hautement prévisible, on évite de procéder à une rotation des tâches, comme si on perdrait un momentum absurde en écartant Gabriel du rôle de porte-parole.

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  3. La CLAC utilisait plusieurs porte-paroles à ses débuts. C'est peut-être toujours le cas. En faisant une rotation à ce niveau, ce problème serait bcp moins grand, voir inexistant.

    Si on pouvait voir Reynolds un peu plus souvent, ça aiderait. Ça commence un peu, mais on est tard dans la grève.

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