vendredi 11 mai 2012

Dossier noir sur le Parti Québécois

C'est le titre d'une petite brochure sympathique que les maos du Parti communiste ouvrier (PCO) ont publié en 1980 après quatre ans de règne péquiste à la veille du référendum.

*D'ailleurs, un autre mao, Alain Badiou, a un concept tout à fait intéressant de «capitalo-parlementarisme». Je tiens à vous rassurer : il n'est pas question d'acquiescer aux urnes. Tous les partis sont également à combattre car ils sont issus de l'oppression et non sa solution.
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Le PQ en guerre contre le mouvement ouvrier
Ce que le PQ appelait sont ''préjugé favorable aux travailleurs'' n'est déjà plus qu'un lointain souvenir. Il n'aura duré que le temps de se faire élire.
En un peu plus de 3 ans de pouvoir péquiste, on a assité àune escalade de mesures antiouvrières. Adoption de loi antisyndicales après une série de gestes répressifs contre les travailleurs, c'est une véritable déclaration de guerre du PQ contre le mouvement ouvrier.

La force de la matraque et des injonctions
Rien n'a changé sur les lignes de piquetage avec la venu du PQ au pouvoir. Casqués, matraques au poing, les forces policières foncent sur les grévistes comme avant; les patrons continuent d'utiliser des fiers-à-bras armés contre les travailleurs en grève. Rappelons-nous:

-Le 3 juin 1977: matraquage des techniciens et techniciennes de laboratoire en grève de l'Hôpital Santa Cabrini de Montréal. Deux grévistes s'écrouleront, inconscients; six autres auront besoin de soins médicaux;

-Le 22 juillet 1977: samedi sanglant au Québec. Huit travailleurs des minoteries de Montréal en grève tombent sous les balles de fiers-à-bras de la compagnie Robin Hood. Le gouvernement péquiste est complice de la fusillade: les tueurs à gage seront trouvés innocents ! Le PQ n'a rien fait pour interdire aux fiers-à-bras le port d'arme: à l'usine Volcano de Sainte-Hyacinthe à l'été 1977, à Fer et Titane de Sorel en juin 1979, à la raffinerie Shell de l,est de Montréal en décembre 1979, les fiers-à-bras patronaux menacaient encore les grévistes de leurs fusils;

-Le 19 avril 1978: à Sainte-Thérèse, à quelques milles de Montréal, 85 piqueteurs sont arrêtés devant la Commonwealth Plywood en grève. Ils seront traduits en justice;

-Le 7 juin 1978: cette fois-ci 200 délégués de la CSN, alors réunis en congrès, sont venus prêter main forte aux grévistes de Commonwealth. La Sûreté du Québec arrive elle aussi en force. Les matraques ne suffisent plus. Les policiers usent de gaz lacrymogènes pour briser la ligne de piquetage;

Rappelons également quelques injonctions que le gouvernement péquiste a approuvées:
-contre les travailleurs de Lynn McLoad de Thetford Mines, en grève en avril 1977,
-contre les travailleurs des Cables industriels de Québec, en grève en novembre 1978,
contre les travailleurs de la Canadian Stell Wheel de Montréal en grève en novembre 1978,
-contre les travailleurs de l'Alcan à Shawinigan, en novembre 1979;
ainsi que le lock-out de trois mois imposé entre juin et septembre 1977 à ses propres employés de Volcano à Saint-Hyacinthe (Volcano est propriété de la Société d'État SGF).

Des lois antiouvrières pour briser les grèves

Fin 1979: en un peu plus d'un mois, le PQ promulgue et fait adopter coup sur coup deux lois spéciales. À elles deux, ces lois enlèvent le droit à la grève à plus de 200 000 travailleurs québécois. Sinistre performance.

Empêcher la grève des travailleurs du Front commun
La loi 62, imposée le 12 novembre 79, suspend le droit de grève, jusqu'au 30 novembre, pour les 190 000 travailleurs à l'emploi du gouvernement, membres du Front commun des trois grandes centrales syndicales au Québec.
C'est la première fois dans l'histoire du mouvement ouvrier au Québec qu'une loi interdit le recours à la grève avant même qu'elle ne soit déclenchée. C'est au PQ que revient cet honneur. Lui qui, dans l'opposition, avait dénoncé le gouvernement libéral précédent pour avoir imposé les lois 19 en 1972 et 23 en 1976, lois qui retiraient le droit de grève au Front commun.
La loi 62 représente de plus une ingérence inadmissible dans les affaires syndicales puisqu'elle impose aux syndicats la procédure pour consulter leurs membres sur les offres patronales (section 3, art. 4 et 5).
Malgré la campagne d'intimidation du PQ et les sanctions auquelles ils s'exposaient, 40 000 travailleurs du secteur des Affaires sociales, syndiqués à la CSN, ont décidé de passer outre la loi et ont déclenché la gr;eve le 19 novembre.

Forcer le retour au travail des grévistes de l'Hydro-Québec
La loi 88, adoptée le 18 décembre 79, met fin le soir même à minuit à la grève des 11 600 travailleurs de Hydro-Québec.
Cette nouvelle loi spéciale est encore pire que la loi 62 adoptée quelques jours plus tôt.
Elle ordonne le retour au travail des grévistes (art. 2 ).
Elle leur impose une convention collective jusqu'en décembre 1982, sans aucun recours possible à l'arbitrage (art. 5). La convention imposée reprend intégralement le rapport du médiateur nommé par le gouvernement et fait fi des plus importantes revendications des syndiqués.
Les amendes prévues pour outrage à la loi sont énormes. Elles vont de 5000 à 50 000 $ par jour pour le syndicat (art. 6) et de 1000 à 10 000 $ pour un agent ou un permanent (art. 7).

Des lois antiouvrières aux allures ''progressistes''

Pour tenter de redorer son blason terni par tant d'attaques contre le mouvemenet ouvrier, le PQ a fait adopter deux législations aux allures ''progressistes'' : la loi 45, soi-disant anti-scab et la loi sur la santé-sécurité au travail. Deux trompe-l'oeil qui permettent au gouvernement et aux patrons d'attaquer encore plus durement le mouvement syndical.

Pour légaliser les scabs

Première législation ''ouvrière'' passée par le gouvernement péquiste en décembre 1977, la loi 45 est un sujet de fierté pour le ministre du travail Pierre-Marc Johnson. Cette loi connue sous le nom d'''anti-scab'' est une première en Amérique du Nord. De fait, c'est la première loi qui légalise les briseurs de grève!
L'article 97 (a) permet en effet aux patrons d'utiliser des non-syndiqués (des cadres par exemple) ou des travailleurs syndiqués à une autre unité pour poursuivre la production. Il autorise les compagnies à déménager leur production dans une autre de leurs usines.
Selon l'article 97 (c), un patron peut légalement utiliser des briseurs de gr;eve pour ''éviter la destruction ou la détérioration graves de ses biens et immeubles''. Argument que les patrons utilisent évidemment toujours.
De plus la loi ne s'applique pas aux grèves dites ''illégales''.
Elle permet également d'imposer le contenu d'une première convention collective par conseil d'arbitrage (art. 81), constituant ainsi une grave ingérence de l'État dans les affaires syndicales.
Depuis que la loi est adoptée, les compagnies ne se gênent donc plus pour utiliser des briseurs de grève: c'est légal ! Ainsi:
- à la Commonwelath Plywood, les scabs étaient conduits par camion, protégés par la Sûreté du Québec;
-à la Kenworth de Sainte-Thérèse également, la Sûreté du Québec a fait sortir de l'usine, en juillet 1878, 15 camions chargés de matériel scab;
-à la Canadian Steel Wheel de Montréal, la compagnie faisait expédier des stocks de roues par les contremaîtres scabs pendant la grève de novembre 1978;
-aux Cables industriels de Québec, les contremaîtres acheminaient également la production vers les autres usines de cette filiale de Noranda durant la grève de novembre 1978;
la Société des Alcools du Québec (Société d'État) reconnaissant en septembre 1979 avoir enfreint la loi 45. Le gouvernement viole ses propres lois;
-pendant la grève des raffineries de l'est de Montréal, commencée en décembre 79, des cadres venant de l'extérieur de Montréal poursuivrent la production.

Mettre en jeu la vie et la santé des travailleurs

Adoptée fin décembre 79, la loi 17 sur la santé-sécurité au travail représente un recul sur toute la ligne pour le mouvement ouvrier.
Elle ne reprend aucune des revendications majeures des syndicats sur les règlements face à la sécurité au travail.
-Elle ne permet pas aux travailleurs de consulter le médecin de leur choix.
-Elle ne reconnait pas le droit collectif d'arrêter le travail dans des conditions dangereuses. Selon la loi, un travailleur, individuellement, a le droit d'arrêter le travail ''s'il a des motifs raisonnables de croire'' que sa sécurité et sa vie sont en jeu (art. 12). Mais il ne peut exercer ce droit si ''les conditions d'exécution de ce travail sont normales dans le genre de travail qu'il exerce'' (art. 13).
-La loi prévoit un arsenal de mesures répressives pour tout travailleur qui oserait ''abuser'' du droit de protéger sa vie. ''L'employeur peut imposer un congédiement, une suspension, un déplacement ou une mesure disciplinaire si le droit a été exercé de FAÇON ABUSIVE'' (art. 30).
-Il en est de même pour tout travailleur en charge de la prévention dans l'usine ou qui exerce des fonctions dans le comité de santé-sécurité, si ces fonctions sont exercées de ''façon abusive'' (art. 31 et 81).
- Des amendes allant jusqu'à 500$ pour un individu et 1000$ pour un syndicat sont prévues s'il y a outrage à la loi (art. 236).
-La loi enlève même aux syndicats les pouvoirs qu'ils avaient dans le cadre de la convention collective sur les questions de santé-sécurité. Elle remet tout le pouvoir entre les mains des comités parritaires (ouvrier-patron), institutionnalisant ainsi la collaboration.