dimanche 3 juin 2012

Un brasier pour Winston (et l'indifférence pour Julia)


     Tassés dans un coin, un petit espace si restreint, nous sommes tous des Winston tentant d'échapper, un centimètre à la fois, au regard que Big Brother porte sur nous. Le magma  de la télévision bouillonne ton cerveau déjà endolori du bourdonnement des hélicoptères tandis qu’ailleurs la beauté est simplement vraie. Tu ouvres un livre. L'Art est la prostituée de la culture (post)moderne. On se s'imprègne pas d'une oeuvre : on la consomme. Le divertissement est l'Art réduit à ses impératifs économiques. Les mots ne défilent pas à hauteur du tumulte d’images, ta pensée se noit. La mélopée de la publicité. Au-dehors, le Spectacle de notre déchéance. En rappel tous les soirs jusqu’à la victoire.
 
     Tes paupières sont lourdes, tellement lourdes, si lourdes. Lentement, tu commences à percevoir le son des vagues vagabondes venant se briser sur le roc saillant de la falaise. Le vent te porte le son de la mer agitée et les feuilles graciées d'automne. Tu plonges.
     Dans la lutte, belle comme un péché véniel. On l’aime comme on souffle une chandelle, quand elle résite dans ses dernières volutes dansantes à l’inexistence malheureuse, à la pacification délirante. Tu opines : vive l'amour, vive la paix...Mais tu renchéris : vive la vie, vive l'Anarchie. Car tu as vécu les méandres de la misère cruelle et vu les blessures que portent les damnés de la rue. Toi aussi il a fallu que tu fuis les sirènes et te réfugis dans l’ombre où l’on t’as laissé. Las des contrôles, des fouilles et des cellules; meurtri des coups et des humiliations. Revenchard car altruiste. Ton leg apatride contre vents et aliénation.

      Tout est noir. Soudain, une lumière au loin. Ça brûle : une flamme rougeoyante danse au goulot d'une bouteille. Lance-là ! Voilà, sur la silhouette là-bas. Tu la distingues à peine, elle est indistincte et informe. Le son rythmé de ses pas éveille une acuité révélatrice : c’est la marche de Rome à Montréal; le pas de l’oie de la milice. Ils avancent. Ils ordonnent. Ils bougent. La brume se dissipe, tu y vois clair. L’un d’eux s’improvise avant-garde. Son contour est droit, rigide, presque robotique. Son arme le précède. Un casque luit aux nouvelles lueurs que tu as fait fondre dans la nuit. Oui ! Voilà l'ennemi !
Les flammes plongent sur lui et l'enveloppent dans une étreinte sans amour. La silhouette tombe et se démasque. Un flic de moins dans ta tête.

      Maintenant revient. Mettons fin aux réminiscences du vieil ordre. Révélons la vacuité de leur monde. Pour que nous bâtissions le nôtre sur le cadavre roide de la hiérarchie.

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