dimanche 19 août 2012

Du temps qu'il nous reste (et de celui qu'on gaspille)


(www.levraichangement.com -- Une initiative de l'organisation québécoise plateformiste Union communiste libertaire qui, malgré ses défauts, a le mérite de condamner l'électoralisme, contrairement à sa consœur française Alternative libertaire.)




Je ne sais pas comment vous faites.
Je suis à l'autre bout du continent et déjà la campagne électorale me tombe sur les nerfs. Bon, faut dire que je n'ai pas comme vous la possibilité de me défouler sur leurs maudites pancartes. À voir aller Québec Solidaire parler de rallier les votes des grévistes étudiant-es et de représenter la jeunesse contestataire, je me dis parfois que c'est la raison pour laquelle il nous fournit du matériel gratos (je dirais bien sur un plateau si ce n'était en réalité sur un poteau) à bricoler pour leur donner enfin une utilité : tu les revires à l'envers (tu prends soin de mettre du ruban adhésif noir sur les faces et le logo qu'il y a sur l'autre côté) puis tu écris de la poésie. C'est beau la poésie. Ça se grave aussi sur les murs. Tu peux même la créer dans la langue que tu veux : I'm an anarchist ! Wherefore I will not rule and also ruled I will not be!; Unter den Talaren, der Muff von Tausend Jahren (parlant, un exemple comme ça, des juges); Si no hay justicia para el pueblo, que no haya paz para el gobierno; batsi, gourounia, dolofoni !

Parce que nos luttes n'ont pas de frontières: elles sont apatrides, magnifiques et libres; elles résonnent à l'unisson de millions de voix aux accents différents. Elles ne naissent, ne (se) vivent ni ne meurent par les urnes. Les contemplateurs de sondages ne nous parleront jamais de ce que nous sommes de plus en plus nombreux et nombreuses à réaliser, soit que l'élection – celle-ci ou une autre, d'ailleurs – se décline comme étant une diversion chez les militant-es et sympathisant-es, qui promettent la lune pour tel ou tel parti qui ne représentent tous au final qu'un même choix : celui du parlement. On nous vend divers sièges d'une même salle. Tandis que la grève s'est élargi pour prendre les contours de ce qui pourrait très bien devenir un contre-pouvoir lorsqu'elle a débordé des assemblées strictement étudiante pour s'étendre comme le feu d'un cocktail molotov jusque dans les villes et les quartiers de la métropole. Et quel succès représente cette diversion ! On nous a le plus sérieusement du monde sommé d'arrêter la grève et d'investir les urnes, alors qu'auparavant nous discutions d'actions directes et d'assemblées délibératives. La réalité est tangible, implacable : c'est l'itinérant-e qui continuera à l'être; le ou la manifestante qui se fera roué-e de coups par les flics, voire pire; le travailleur ou la travailleuse qui se fera exploiter par son boss; le village qui se fera raser en Afrique par nos compagnies minières; l'enfant dont on usera la vie à manufacturer une bébelle techno à l'autre bout du monde; l'autoroute qui sera construite dans une ville qui restera bâtie sur des terres volées aux autochtones par la force de la tromperie, des armes et du génocide. Et tout ça peu importe le parti.

Je ne vote pas, vous l'aurez compris. On peut bien me matraquer de slogans électoraux, de « Debout » à « Donnez-vous le pouvoir », mais moi au moins mon pouvoir, je ne l'abdique pour quiconque – et bien peu d'entre nous étions assis-es ces derniers mois (et avant), au contraire d'un Amir Kadhir par exemple qui nous présente la panacée de la lutte à s'écouter parler dans une pièce à l'écho mortifère. Nous sommes ingouvernables, comme disait cette jolie bannière sous un déluge de gaz lacrymogène, percée qu'elle était de toutes ces balles reçues lorsqu'elle affirmait dans la rue son existence. Nos vies sont comme cette bannière.

Et pourtant...

Moi qui voulait vous éviter l'enclume électoral; vous offrir un espace de liberté pendant que d'autres offrent aux partis un temps de cerveau disponible, comme le ferait un PDG de télé pour Coke[1], voilà que je vous en parle aussi. La quintessence de l'aliénation. Voici ce que ça fait ces pitreries: même lorsque l'on considère ce tintamarre médiatico-politicard comme relevant de la plus grotesque prestation du plus absurde théâtre (je m'excuse au passage pour l'insulte à l'art), on est prit par une logique perverse à devoir en parler ne serait-ce que pour s'y opposer. J'aurais peut-être dû suivre mon idée première et vous parler de chats. C'est beau les chats. Presque autant que la poésie. Je m'imagine leurs querelles de fond de ruelle d'Hochelaga – qui nous rappellent étrangement ce qui pourrait être les cris d'agonie d'un bambin mutant – comme étant Claude Gauvreau récitant une œuvre. Ou serait-ce plutôt laid comme un débat des chefs ? Allez savoir.

Qu'avez-vous de mieux à faire que voter ? Ce que vous pourrez faire pendant les cinq prochaines années : l'amour.
Ou tiens, flatter un chat.


[1]   Voir le cas de Patrick Le Lay en France

6 commentaires:

  1. Je sais jamais où donner de la tête pendant ces foutues campagnes électorales. Je devrais peut-être faire comme toi et partir.

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  2. A mari usque ad mare, on se fait chier pareil avec ces conneries

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  3. Bof, ce n'est pas très pro-électoral, chez Alternative Libertaire, ça fait deux élections d'affilée qu'ils ne font aucune campagne sur quoi que ce soit.

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  4. Ni sur l'abstention. Je trouvais intéressant ces précisions sur AL. Je ne connaissais pas ces positions auparavant -- mea culpa, j'avais lu pourtant leur manifeste pour une société communiste libertaire, cité à la fin de leur article.

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  5. Des fois, j'ai l'impression que l'UCL devient de plus en plus communiste et de moins en moins anarchiste.

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  6. Ça toujours été ça. Leur campagne sur la crise suintait le marxisme.

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