mercredi 2 janvier 2013

Anna, les cônes et la Révolution



L'entrevue d'une anarchiste dans le journal Le Soleil récemment en a choqué plusieurs. Celle-ci faisant suite à un reportage merdique (on s'y attendait) de Radio-Canada sur les radicaux de la grève étudiante. (Enquête : radicaux libres). Pourquoi participer à un tel cirque ? Si c'est pour diffuser nos idées ou nous expliquer de nos actes, pourquoi ne pas choisir d'approcher les médias alternatifs plutôt que de se laisser utiliser par les médias de masse ?

La récente grève étudiante prolongée a certes suscitée de nombreux cas de «new-born activists» qui se déclarent anarchistes, que ce soit pas conviction ou par sensibilité -- car on peut très bien se dire anarchiste sans visiter tous les classiques, comme pour y chercher une imprimatur post-mortem à nos desseins. Bon an mal an, ces personnes devront explorer l'anarchisme dans ses déclinaisons théoriques un jour, aussi bien qu'elles l'auront fait dans la rue en s'y organisant tactiquement. Ce que l'auteur(e) taxe très légèrement de romantisme révolutionnaire, ce n'est que l'expression d'une rage que ne peuvent contenir les centaines de pages d'un livre de Kropotkine; c'est le vécu quotidien d'une oppression bien réelle, ici et maintenant : ce n'est pas l'image d'un flic te tirant une balle dans l'oeil, c'est la douleur quand elle te perce la rétine. Casser des fenêtres et entraver la marche des policiers -- «brasser des gros cônes oranges», comme le méprise l'auteur(e) -- n'est peut-être pas la stratégie révolutionnaire issue des grands esprits du XIXe siècle, et ne mènera probablement pas à la grande révolution mythifiée, mais garde très certainement l'esprit de révolte aiguisé et perturbe, ne serait-ce qu'à titre symbolique, la bonne marche des affaires dans la métropole économique.

La question essentielle qui se pose à la lecture de ce texte ne m'apparait qu'être l'intention de l'auteur(e) : veut-il ou elle prendre ses distances avec la tactique urbaine d'action directe des groupes affinitaires, défendre les «macro-actions» de perturbation économique de l'organisation centrale («de l'ASSÉ»), ou simplement remettre à sa place une jeune anarchiste encore reluisante de liquide amniotique ? Auquel cas étaient-ce les meilleurs arguments, la plus pertinente rhétorique à utiliser ?